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La dynamique de l'emploi dans l'Union européenne
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La dynamique de l'emploi dans l'Union européenne


Klaus Schömann et Thomas Kruppe 1)

8.1.1. Introduction

Nombreuses sont les évaluations de la politique de l'emploi qui se basent sur des analyses choisissant pour seul point de départ le niveau du chômage. Tel est le cas par exemple des analyses de la «courbe de Beveridge», qui se contentent de comparer le nombre de chômeurs d'une année avec le nombre d'emplois vacants de la même année (cf. par exemple Layard, Nickel & Jackman 1991). De manière analogue, on établit souvent le rapport entre part des chômeurs de longue durée parmi l'ensemble des chômeurs d'une année et taux de chômage de la même année (OCDE 1995, p. 22-25). Or, ces types d'indicateurs du marché du travail peuvent tout au plus fournir une description de l'évolution de la situation au fil des années2, mais ils ne disent rien sur la dynamique des entrées et des sorties du chômage et de l'emploi et rien non plus sur les raisons du chômage. En aucun cas on ne peut fonder sur de tels indicateurs descriptifs les analyses des causes, et moins encore des recommandations sur les politiques à mener (Schmid, O'Reilly & Schömann 1996).

Dans la phase actuelle d'un fort chômage dans l'UE, il faut certes aussi des descriptions de situations présentant les priorités des actions politiques à mener, comme par exemple face au chômage de longue durée ou au chômage des jeunes, telles qu'elles étaient déjà évoquées dans le Livre blanc «Croissance, compétitivité, emploi» (Commission européenne 1993); nous voulons toutefois dans cet article aller au-delà de ces analyses statiques et examiner les flux d'entrée et de sortie de l'emploi et du chômage sur la base des données de l'Enquête communautaire sur les forces de travail (EFT). Ce qui nous intéresse donc au premier chef, c'est la dynamique du marché du travail. La dynamique n'est pas le taux de modification d'un niveau de chômage par rapport à l'année précédente: la perspective dynamique consiste en l'analyse de flux agrégés basés sur une multitude de processus individuels de mobilité.

Les «Perspectives de l'emploi» de l'OCDE, à Paris (1996, p. vii) se consacrent dans leur éditorial au thème de l'exclusion du marché du travail et aux mesures à prendre. Les auteurs voient des risques importants d'exclusion du marché du travail dans un marché du travail inefficace menaçant la structure sociale, car le risque de se retrouver pris au «piège du chômage» ou dans des emplois à durée limitée, mal payés ou précaires, est grand. Les voies qui peuvent écarter ce risque passent par des processus de mobilité, c'est-à-dire des flux depuis le chômage vers l'emploi à plein temps et à temps partiel (O'Reilly & Bothfeld 1996), des flux depuis le chômage vers l'emploi à durée limitée ou à durée illimitée (Schömann, Rogowski & Kruppe 1995) ou la mobilité visant à obtenir des emplois mieux payés au sein d'une entreprise ou par un changement d'entreprise (Schömann 1994). Ces flux «naturels» se trouvent de plus en plus souvent complétés par les participants à des mesures de politique de l'emploi, qui représentent déjà une part considérable de ces transitions (Schmid 1993): la politique de l'emploi appuie donc les processus de mobilité sur le marché du travail.

Les flux qui se produisent sur le marché du travail doivent cependant tenir compte des flux opposés, des contre-flux; on a par exemple, face aux sorties du chômage, les entrées dans le chômage. Il n'est guère opportun pour la politique de l'emploi de se concentrer seulement sur les sorties du chômage lorsque les entrées dans le chômage augmentent. C'est ainsi par exemple que l'objectif de faciliter les sorties du chômage par la déréglementation de l'emploi à durée limitée n'a guère été atteint, puisqu'une augmentation de l'emploi à durée limitée, du fait de l'achèvement fréquent des contrats de travail à durée limitée, se traduit également par un accroissement des entrées dans le chômage. Or, le niveau du chômage ne peut que résulter de la différence des deux flux.

A partir d'une analyse systématique de la totalité des transitions sur le marché du travail, on peut selon Schmid (1993) distinguer cinq types de passerelles avec l'emploi: (1) transitions entre emploi salarié réduit et à plein temps, (2) transitions entre chômage et emploi, (3) transitions entre éducation et emploi, (4) transitions entre activité privée et professionnelle, (5) transitions entre emploi et retraite. Les passerelles avec l'emploi peuvent être franchies dans les deux sens et éventuellement à plusieurs reprises dans une même année. La politique de l'emploi s'est jusqu'à présent consacrée surtout au groupe cible des transitions vers et depuis le chômage, mais les flux directs entre emploi et chômage ne constituent qu'un sous-ensemble de l'ensemble des flux vers et depuis l'emploi. D'autres transitions importantes sont celles entre l'éducation et l'emploi/le chômage ou celles depuis la vie professionnelle vers la retraite, les nouveaux développements européens en matière de travail à temps partiel en fin de carrière méritant ici d'être soulignés.

L'observation statique qui prévaut encore généralement ne suffit toutefois plus pour appréhender les dynamiques. Elle omet surtout que l'établissement d'un bilan des flux et des contre-flux peut non seulement influencer un résultat, mais même le transformer en son contraire. Le tableau 1 illustre de manière schématique les différentes combinaisons de flux qui jouent théoriquement un rôle dans la question de la dynamique de l'emploi.

Diverses transitions devront être étudiées en fonction de l'objet de la recherche. Ainsi, l'observation évoquée plus haut des transitions entre emploi et chômage se restreint à l'analyse des quatre premières cases de la matrice (marquées À dans le tableau). Pour nous conformer à la démarche dynamique élargie que nous avons choisie, nous examinons toutes les transitions vers et depuis l'emploi (marquées  dans le tableau). Si l'accent de l'analyse portait sur la totalité des transitions vers et depuis le chômage, ce seraient les transitions marquées Á qu'il conviendrait de considérer.

Les statuts initiaux et finaux peuvent quant à eux être dissociés en divers éléments. C'est ainsi que l'on peut distinguer, selon l'objet de l'étude, entre emploi dépendant et indépendant, à temps partiel et à plein temps ou à durée déterminée et indéterminée.

Nous examinerons ci-dessous surtout les transitions vers et depuis l'emploi dépendant et le chômage et discuterons les entrées et les sorties et leurs différences pour chaque Etat membre de l'UE. Nous analyserons ensuite brièvement aussi les transitions entre système éducatif et système de l'emploi. Une conclusion récapitulative se penchera sur l'utilité de toutes ces analyses basées sur les chiffres d'Eurostat pour le monitorage du marché du travail.

8.1.1.1. Tableau 1: Matrice des transitions depuis un statut initial au moment (t-1) vers un statut final au moment (t)

t-1\t Emploi Chômage Inactivité Education Retraite
Emploi 1) 3) 1) 2) 3) 3) 3) 3)
Chômage 1) 2) 3) 1) 2) 2) 2) 2)
Inactivité 3) 2)
Education 3) 2)
Retraite 3) 2)

8.1.2. La dynamique du chômage

A partir des données de l'Enquête communautaire sur les forces de travail pour 1992 à 1995, nous avons essayé de calculer par approximation les flux depuis l'emploi dépendant vers le chômage et le flux opposé depuis le chômage vers l'emploi dépendant3. Pour obtenir une base approximative de comparaison entre les différents Etats membres de l'UE, nous avons établi un rapport entre le chiffre absolu des flux et le nombre des travailleurs dépendants d'un pays. A titre d'indicateur supplémentaire, nous avons inscrit la différence entre flux et contre-flux dans les diagrammes, afin de bien montrer la tendance à la montée ou à la chute du chômage dans les divers Etats membres.

Un indicateur précoce des modifications du niveau du chômage est le solde du bilan des flux vers et depuis le chômage. C'est ainsi que pour l'année 1995, à l'exception de l'Autriche et de la Grèce, on constate un flux plus élevé depuis le chômage vers l'emploi que depuis l'emploi vers le chômage. Un coup d'oil sur l'évolution de chaque Etat membre de l'UE (cf. diagrammes 1 à 3 et tableau 2) montre que certains pays sont parvenus depuis 1992 à infléchir dans le sens opposé de considérables excédents des transitions depuis l'emploi vers le chômage sur les sorties du chômage vers l'emploi. Du fait de la brièveté de la période observée, il convient de n'interpréter qu'avec prudence la permanence de ces développements. En Grande-Bretagne, en Irlande et Espagne, on constate une tendance quasiment linéaire vers une amélioration. De toute évidence, parmi d'autres facteurs, la dynamique de croissance déclenchée par la dévaluation de la monnaie s'est traduite après une bonne année de décalage en une croissance génératrice d'emploi.

Les flux vers et depuis le chômage sont en Espagne particulièrement marqués par comparaison avec tous les autres Etats membres (cf. tableau 2, colonnes 5 et 6). Un rôle décisif est joué ici par le recours très important aux contrats de travail à durée déterminée, qui aboutit à renforcer globalement les échanges entre emploi et chômage. Les pays qui parallèlement à l'Espagne accusent un niveau généralement élevé de mobilité sont la Finlande, la France, le Danemark, l'Italie, l'Irlande et le Royaume-Uni (tableau 2, 1995, colonne 3). L'exemple de l'Italie montre cependant que des causes institutionnelles, notamment l'organisation de l'assurance chômage, exercent une influence sur l'importance des flux. Les flux depuis l'emploi vers le chômage sont en Italie très faibles, entre autres parce que nombreux sont ceux qui à la sortie de l'emploi ne s'inscrivent pas au chômage, mais passent vers l'inactivité. L'Italie accuse pour ces transitions le taux le plus élevé de tous les pays d'Europe dans les années 90. Plusieurs raisons peuvent être invoquées: une part de responsabilité pour la faiblesse des taux de transition entre l'emploi et le chômage pourrait être imputée aussi à la caisse de compensation salariale CIG, qui dans les restructurations et les creux conjoncturels est conçue comme un instrument de chômage partiel (Mosley, Kruppe & Speckesser 1995), le passage vers l'inactivité pourrait être dû, surtout en ce qui concerne les jeunes, à l'absence de droits aux prestations d'indemnisation du chômage, qui ne sont acquis qu'au bout de deux années d'emploi. Le passage vers la préretraite peut lui aussi contribuer à réduire les flux (cf. RIB Italie, 1995). A partir également des taux standardisés de chômage dans la plupart des pays de l'OCDE, on parvient à une tendance vers un (très léger) recul du chômage dans la plupart des pays de l'UE (OCDE 1996, p. 198). Cette tendance est ainsi imputable tout au moins en partie à l'inversion des différences entre les deux flux complémentaires. Comme l'observe l'OCDE (1996), le chômage de longue durée n'a cependant pas reculé jusqu'au printemps/été 1995 en dépit des multiples initiatives de la politique de l'emploi orientées spécialement sur ce groupe cible (Commission européenne 1995; OCDE 1996, p. 202).

8.1.2.1. Tableau 2: Bilan des transitions vers et depuis l'emploi (%)

1992 TOTAL (a) vers/depuis le
chômage (b) part des entrées (b)
entrées sorties somme différence entrées sorties somme différence sur les entrées (a)
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Belgique 5,3 5,9 11,2 -0,6 1,8 1,9 3,8 -0,1 34,6
Allemagne 7,2 9,5 16,7 -2,3 1,9 3,6 5,6 -1,7 26,9
Danemark* 10,1 16,5 26,6 -6,5 4,6 6,5 11,1 -1,8 46,3
Espagne 15,7 14,2 29,9 1,5 9,0 7,7 16,8 1,3 57,4
France 9,9 10,1 20,0 -0,2 3,5 4,5 8,0 -1,1 34,8
Grèce 8,3 10,0 18,3 -1,7 3,5 3,6 7,1 -0,1 42,2
Irlande 10,3 9,9 20,2 0,4 3,4 5,7 9,1 -2,3 32,8
Italie 12,3 10,5 22,7 1,8 4,7 2,0 6,7 2,7 38,3
Luxembourg 5,3 4,7 10,0 0,6 1,0 0,9 1,9 0,1 19,0
Pays-Bas 10,2 8,1 18,4 2,1 2,6 1,8 4,4 0,8 25,3
Portugal 8,1 7,6 15,7 0,5 2,7 2,1 4,8 0,5 33,2
Royaume-
Uni 9,8 11,5 21,3 -1,7 3,0 5,1 8,1 -2,2 30,4
1995 TOTAL (a) vers/depuis le
chômage (b) part des entrées (b)
entrées sorties somme différence entrées sorties somme différence sur les entrées (a)
1 2 3 4 5 6 7 8 9
Autriche 11,0 6,8 17,8 4,1 1,2 2,3 3,5 -1,2 10,8
Belgique 5,8 6,8 12,6 -1,0 2,9 2,6 5,6 0,3 50,5
Allemagne 8,5 7,8 16,3 0,7 3,2 3,0 6,2 0,2 37,8
Danemark* 12,8 9,8 22,7 3,0 3,8 3,0 6,9 0,8 29,8
Espagne 17,0 12,2 29,3 4,8 11,6 7,0 18,6 4,7 68,4
Finlande 14,7 12,2 26,9 2,6 6,7 6,0 12,6 0,7 45,3
France 11,0 9,2 20,1 1,8 5,1 4,4 9,5 0,7 46,8
Grèce 8,3 10,3 18,6 -2,0 4,6 4,7 9,3 -0,1 55,5
Irlande 13,0 7,5 20,5 5,6 4,4 3,5 7,8 0,9 33,4
Italie 13,0 10,6 23,6 2,4 5,9 2,4 8,4 3,5 45,3
Luxembourg 5,7 5,1 10,9 0,6 1,5 1,3 2,8 0,2 25,9
Pays-Bas 9,5 9,2 18,6 0,3 2,9 2,5 5,3 0,4 30,2
Portugal 8,3 8,7 17,0 -0,4 3,4 3,3 6,7 0,1 40,9
Royaume-
Uni 10,9 8,8 19,7 2,2 3,8 3,0 6,8 0,7 34,4
* sans l'entrées et sorties de travailleurs indépendants.

8.1.2.2. Diagramme 1: Différence des flux entre emploi et chômage

8.1.2.3. Diagramme 2: Différence des flux entre emploi et chômage

8.1.3. La dynamique de l'emploi

Nous nous sommes efforcés d'analyser sous cette forme les données de l'Enquête communautaire sur les forces de travail en fonction des cinq types de passerelles avec l'emploi (cf. ibid.). Il importe de considérer dans ce contexte que les données transversales recueillies à ces moments sont susceptibles de générer de considérables altérations (cf. encadré). Le Europäischer Haushaltspanel, qui permet des analyses longitudinales, ne fournit cependant pas encore suffisamment de vagues pour confirmer des résultats analogues. Un autre élément qui vient compliquer l'interprétation est que la part des transitions vers et depuis le chômage parmi tous les flux d'emploi dépend également de l'évolution démographique et économique spécifique de l'Etat membre de l'UE que l'on considère.

Une analyse de la politique de l'emploi qui se restreint à une simple comparaison des transitions entre chômage et emploi reste fragmentaire si elle ne tient pas compte aussi d'autres flux (inactivité/éducation). C'est ainsi que surtout ces dernières années, le problème d'un chômage important des jeunes est intervenu dans certains pays. Ceci indique que de nombreux jeunes ne trouvent pas directement un emploi après leur éducation à plein temps, mais commencent par s'inscrire comme demandeurs d'emploi auprès des agences pour l'emploi sans pouvoir (dans la plupart des Etats membres de l'UE) prétendre à une allocation de chômage, ou passent directement de l'éducation à l'inactivité, constituant une réserve latente. Une analyse exhaustive des flux dans le chômage doit donc tenir compte de ces types de flux.

Nous avons donc rassemblé dans le tableau 2 et les figures correspondants (1 à 6) toutes les transitions vers et depuis l'emploi dépendant pour les années 1992 à 1995. La 1ère colonne du tableau 2 présente la somme des flux respectifs depuis le chômage, l'emploi indépendant, l'inactivité et l'éducation vers l'emploi. La colonne 2 indique la somme des flux opposés respectifs. La colonne 3 présente la somme de la totalité des flux (colonne 1 + colonne 2) comme modification globale des situations d'emploi. Les figures (1 à 6) indiquent les différences respectives des flux et contre-flux correspondants. Ces différences peuvent être interprétées comme un indicateur de l'emploi: une valeur positive signifie que le nombre de personnes intégrées dans le système d'emploi était supérieur au nombre de personnes qui l'ont quitté, une valeur négative reflétant au contraire un recul de l'emploi.

Il est intéressant de constater que dans cette comparaison, le développement des transitions avec l'emploi dans l'UE accuse pour la plupart des pays un bilan positif de l'emploi en 1995 et une nette amélioration vis-à-vis de 1992. En Belgique, en Grèce et au Portugal seulement, la somme de tous les flux d'emploi accusait encore en 1995 un solde négatif (tableau 2, colonne 4). Pour l'Irlande, l'Espagne, l'Autriche, le Danemark, la Finlande, l'Italie et le Royaume-Uni, on constate un net excédent d'emploi de plus de 2 %, qui toutefois ne s'est répercuté qu'en Irlande et au Royaume-Uni dans une baisse du taux de chômage.

D'autres aperçus intéressants des flux nationaux de mobilité sont livrés par une analyse plus détaillée du solde des flux d'emploi par comparaison avec le solde des seuls flux entre chômage et emploi.

En Belgique, on constate avec un faible niveau de l'ensemble de la mobilité (12,6 %) un solde négatif d'emploi de tous les flux, mais un solde positif des échanges entre emploi et chômage. Cet exemple illustre l'importance du rôle de la politique de l'emploi. En Belgique, il semble que malgré un bilan global négatif de l'emploi, on ait tout au moins temporairement réussi en concentrant les efforts sur le groupe cible des personnes déjà au chômage à inverser la tendance pour ces derniers. On est ainsi parvenu à réduire en 1995, de manière certes minime, le chômage. Par comparaison avec les autres Etats membres de l'UE, la part du flux depuis le chômage parmi tous les flux d'emploi en 1995 est particulièrement élevée puisqu'elle est de 50 %, et elle constitue une bonne base pour la réduction future du chômage (cf. tableau 2, colonne 9).

On trouve au Luxembourg un bilan global de l'emploi très semblable à celui de la Belgique, et les deux pays du Bénélux ont les taux de mobilité dans l'emploi les plus faibles de tous les pays de l'UE, avec 10 % environ pour 1992 comme pour 1995 (tableau 2, colonne 3). Mais le Luxembourg a parmi tous les Etats membres le taux d'échange le plus faible entre emploi et chômage pour les deux années considérées. Tandis qu'au Luxembourg, malgré des flux de mobilité dans l'ensemble faibles, les flux d'entrée dans l'emploi n'en dépassent pas moins ceux de sortie en 1992 et 1995, la Belgique accuse en 1995 pour la première fois de la décennie un solde positif. L'évolution des flux d'entrée et de sortie dans un contexte institutionnel similaire a entraîné en Belgique une constante montée du chômage entre 1991 et 1994, tandis qu'au Luxembourg cette évolution a dans une très large mesure pu être évitée grâce à la faiblesse des excédents du bilan de la mobilité.

Les Pays-Bas ont, de façon comparable au Luxembourg, de faibles excédents des flux du chômage vers l'emploi (cf. à ce sujet notamment la colonne 8 du tableau 2 et les figures), ce qui soit entraîne directement une diminution du chômage, soit, lorsque les autres flux partiels depuis l'inactivité/l'éducation sont défavorables, peut empêcher tout au moins une montée plus forte du chômage. Lorsqu'on considère la somme des flux de mobilité dans leur ensemble (tableau 2, colonne 3), on constate que l'ampleur de tous les flux vers et depuis l'emploi aux Pays-Bas est plutôt comparable avec l'ampleur des flux au Royaume-Uni ou en France. La constance d'une faible part (environ 30 %) des flux depuis le chômage vers l'emploi parmi l'ensemble des flux vers l'emploi signifie en même temps qu'il faudrait créer de nombreux emplois nouveaux avant que le chômage ne baisse sensiblement aux Pays-Bas.

En Allemagne, avec une mobilité globale de 16,3 % (1995) inférieure à la moyenne européenne, un léger excédent des flux vers l'emploi a également mené à un léger excédent du bilan depuis le chômage (tableau 2, colonne 8) et ainsi à une diminution et à une stabilisation du taux de chômage. Le rapport des flux vers l'emploi (tableau 2, dernière colonne) montre toutefois aussi que comme aux Pays-Bas, un seul emploi nouveau sur près de trois est pourvu par un chômeur. Il reste encore à constater que la proportion s'est constamment améliorée depuis 1992, même si le résultat global n'est qu'une légère amélioration.

Le Danemark a tous les ans depuis 1992 une importante fluctuation de l'emploi avec des soldes qui varient fortement. Ce pays a même atteint en 1993 une position de pointe pour le solde des transitions entre chômage et emploi. Le bilan est également positif en 1995, mais accuse en même temps une ampleur très semblable à celle de la plupart des autres Etats membres de l'UE. La part des entrées dans l'emploi depuis le chômage parmi l'ensemble des entrées dans l'emploi, qui était de 46 % en 1992, s'est toutefois nettement dégradée, atteignant 30 % en 1995. Si le niveau d'activité professionnelle ne devait pas continuer à baisser par un renforcement des départs du marché du travail, une poursuite de la baisse du taux de chômage ne pourrait être obtenue que par une croissance économique plus sensible.

Les flux de l'emploi sont en France restés au cours des années 90 relativement constants à un niveau élevé avoisinant 20 %. Un excédent des flux vers l'emploi n'y intervient cependant qu'en 1995. Parallèlement à cette tendance a été atteinte une amélioration de la part des transitions depuis le chômage vers l'emploi, de une sur trois à près de une sur deux. Seule cette amélioration a permis de traduire le faible excédent de l'emploi en une baisse du taux de chômage en 1995. Il reviendra à une autre étude de déterminer dans le détail comment cette amélioration a pu être obtenue. Une explication possible réside dans les effets du plan quinquennal pour l'emploi (iMi n° 45), dont les retombées sur l'emploi font à l'heure actuelle l'objet d'une intensive évaluation.

L'économie irlandaise présente en 1995 tous les signes d'une économie nationale en expansion. Si l'Irlande occupe aussi la position de pointe dans l'excédent du bilan global de l'emploi (tableau 2, colonne 4), les résultats en matière d'insertion des chômeurs sur le marché du travail (tableau 2, colonnes 5 à 8) ne sont que légèrement meilleurs que ceux d'autres pays européens ayant une bien plus faible dynamique de l'emploi. Ceci indique que de nombreux jeunes passent directement de l'éducation à l'emploi. Or, comme l'Irlande est le pays qui a la population la plus jeune de tous les Etats membres de l'UE, ceci signifie une contribution préventive à la lutte contre le chômage des jeunes. Mais comme un tiers seulement de la croissance de l'emploi résulte de transitions depuis le chômage, il faudra à l'Irlande un fort excédent du bilan de l'emploi pour continuer à réduire le chômage.

Ce n'est pas au Royaume-Uni, comme on le pense souvent, que l'ampleur des flux entre les différents statuts d'emploi est la plus importante au sein de l'Europe. La Finlande en 1995 et l'Espagne en 1992 et 1995 ont des flux bien plus importants d'emploi. La probable altération des résultats dans les données d'Eurostat du fait du moment de l'enquête (cf. encadré) ne change sans doute pas grand-chose à ce résultat. La dégradation de 8,8 % à 10,1 % des taux de chômage de 1991 à 1992 se manifeste clairement dans l'excédent nettement négatif (-2,2 %) des flux depuis l'emploi vers le chômage au moment de l'enquête en 1992. Mais depuis, cet excédent négatif a, avec le renforcement de la dynamique, changé de signe, ce qui reflète le succès de la réinsertion des chômeurs. Comme en Irlande, la part des flux depuis le chômage vers l'emploi parmi l'ensemble des flux vers l'emploi accuse une relation relativement constante, mais comparativement faible, d'environ un à trois.

L'Italie fait partie du groupe des pays à forte rotation de l'emploi, et, dans les années 90 tout au moins, également des pays où le solde de l'emploi est toujours positif (tableau 2, colonne 4). Nous avons déjà exposé à la section 2 de cet article comment s'établit le bilan positif de l'échange entre chômage et emploi (colonne 8): on constate que l'Italie, avec une population relativement jeune par rapport à la moyenne européenne, doit elle aussi maîtriser la difficile tâche de l'insertion des jeunes faisant leur première entrée sur le marché du travail, mais avec manifestement moins de succès que l'Irlande, car la réussite de l'insertion (ou la préservation de l'emploi) des travailleurs âgés peut éventuellement s'opérer aux dépens de l'insertion des jeunes sur le marché du travail. C'est ainsi que les données indiquent des possibles effets d'éviction de jeunes entrant dans la vie professionnelle.

En Espagne, il s'est produit un renversement après 1992 et 1993, années de bilans négatifs de l'emploi, vers des excédents légèrement positifs (1994) et particulièrement importants de l'emploi en 1995. C'est au cours de toutes les années l'Espagne qui a accusé la plus grande mobilité, lorsque l'on analyse la somme de tous les flux vers et depuis l'emploi. Ceci montre compte tenu de la perspective restreinte de nos données (cf. encadré) que la mobilité externe, à l'inverse des changements dans l'entreprise, a acquis une énorme importance en Espagne. Le rapport de deux à trois des flux de l'emploi (tableau 2, colonne 9) exprime la forte probabilité qu'un emploi vacant sera pourvu par un chômeur.

On trouve en Grèce des flux de mobilité d'importance moyenne dans les deux sens, mais la différence des flux était au cours des années 90 relativement faible et la plupart du temps légèrement négative (cf. figures 1 et 4). A titre de résultat, on peut attribuer aux flux de mobilité le niveau relativement faible mais en constante augmentation du chômage. La part des flux depuis le chômage parmi tous les flux vers l'emploi a progressé pour passer de 35 % à 55 %, un taux qui occupe la deuxième place dans l'UE (tableau 2, colonne 9). Ceci signifie tout au moins une meilleure situation initiale pour une réduction future du chômage.

Le bilan portugais de l'emploi accuse, avec des flux de mobilité d'importance moyenne, des excédents très faibles en 1992 et 1995. Cependant, le bilan était négatif dans les deux années intermédiaires, expliquant ainsi l'origine de la montée du chômage qui atteignait environ 7 % en 1995. On n'a réussi que de façon minime dans les années 90 à renforcer la part des flux depuis le chômage vers l'emploi parmi l'ensemble des flux vers l'emploi. Cette part est passée de 33 % en 1992 à 41 % en 1995, mais il n'en reste pas moins difficile de faire baisser le chômage avec d'importantes cohortes de jeunes désireux d'opérer leur insertion sur le marché du travail.

En Autriche, près de 18 % de toutes les personnes en âge de travailler (parmi les travailleurs dépendants) ont connu un changement de statut entre les deux moments de l'observation en 1994 et en 1995 (tableau 2, colonne 3). Un excédent des flux vers l'emploi de plus de 4 % s'est toutefois accompagné d'une détérioration du bilan des flux de chômage (colonne 9). Par ailleurs, en 1995, la part des flux depuis le chômage vers l'emploi parmi l'ensemble des flux vers l'emploi a été, avec 11 %, la plus faible des Etats membres de l'UE. Mais comme ce résultat ne concerne qu'une seule année, il conviendrait d'analyser la composition exacte des différents flux par comparaison avec les années précédentes; or, ces données ne sont pas (encore) disponibles à Eurostat. Des flux élevés depuis l'inactivité vers l'emploi, causés éventuellement par l'immigration, par d'importantes cohortes de personnes sortant de l'éducation ou par des femmes retournant vers l'emploi, pourraient représenter la cause de ce bilan étonnamment positif de l'emploi sans pour résultat une réduction du chômage.

Le taux global de mobilité finlandais de 27 % n'est dépassé que par l'Espagne. Les deux pays ont des taux de chômage très élevés en 1995. Et également pour les flux depuis l'emploi vers le chômage et le flux opposé, ce sont ces deux pays qui accusent les taux les plus élevés4. Un signal positif qui se dégage pour la Finlande est que le sommet de la montée du chômage a été atteint en 1994 et que grâce à de légers excédents des flux depuis le chômage vers l'emploi, une première réduction du taux de chômage est intervenue en 1995 vis-à-vis de 1994 (cf. aussi OCDE 1996, p. 198). Avec un rapport de près de 1 à 2 des deux bilans d'emploi (tableau 2, colonne 9), les indices d'une poursuite de la baisse du chômage même avec une croissance modeste de l'emploi sont relativement positifs.

8.1.3.1. Considérations méthodologiques

Les données citées dans cet article proviennent pour la plupart de nos propres calculs, effectués sur la base de données individuelles agrégées de l'Enquête communautaire sur les forces de travail, qui repose quant à elle sur des enquêtes nationales dans les Etats membres de l'Union européenne. Parmi ces données, il est possible de demander parallèlement au statut actuel également le statut d'emploi de l'année précédente (Eurostat 1988/1992).

Nous avons élaboré sur l'analyse de ces deux moments dans différentes années notre observation des flux vers et depuis le chômage. Si une telle analyse de ces données entraîne certaines restrictions méthodologiques, que nous évoquerons brièvement ci-dessous, nous sommes convaincus d'apporter ainsi une contribution à la compréhension des dynamiques du marché du travail, puisque parallèlement à l'importance des flux d'entrée et de sortie (cf. OCDE 1996), les sources et les destinations de ces flux peuvent être identifiées. Une comparaison des flux de mobilité avec de véritables données longitudinales est encore en cours pour certains pays, mais on ne dispose pas encore dans le Panel européen des ménages de suffisamment de vagues pour une analyse européenne globale.

Les données originaires provenant d'enquêtes nationales qui dans chaque pays sont menées au printemps mais à des dates différentes et qui enregistrent le statut d'emploi des personnes interrogées au cours d'une semaine spécifique, ces différences des périodes d'enquête des différents pays entraînent d'une façon générale le problème de l'éventualité d'un léger biais. Par ailleurs, cette méthode mène peut-être à une répertoriation excessive des chômeurs de longue durée (Auer 1984), puisque ceux-ci sont davantage susceptibles d'être enregistrés que les chômeurs de brève durée, dont au printemps justement, le nombre baisse souvent fortement pour des raisons saisonnières.

L'analyse évoquée représentant le changement du statut d'emploi entre deux moments (printemps t et printemps t-1) et non pas un enregistrement continu des flux, les données ne constituent qu'une grossière approximation des processus réels de mobilité. Une éventuelle mobilité multiple ne peut être repérée. Lorsqu'en cas de mobilité multiple, le premier statut et le dernier sont identiques, on obtient un résultat statique. Il convient donc de renoncer à toute interprétation dans le cas d'absence (apparente) de changement de statut d'emploi, tandis qu'une modification du statut d'emploi est toujours interprétable, mais que la méconnaissance d'éventuelles autres modifications intermédiaires aboutit à mésestimer systématiquement par défaut les processus de mobilité. Les emplois de brève durée notamment, de même que la mobilité provoquée par ce type d'emploi, sont ainsi sous-représentés. Si l'on considère que justement dans le domaine de l'emploi à durée déterminée il est fréquent que plusieurs emplois de ce type se succèdent (Schömann 1996), on est en droit de s'attendre - de façon générale pour le domaine de l'emploi précaire - à une sous-estimation.

Pour pouvoir comparer les différents flux entre eux et également à l'échelon international, il fallait pour procéder aux calculs disposer d'un paramètre de référence autorisant la comparaison. On pourrait par exemple recourir à des indicateurs basés sur des groupes de référence comme la totalité des actifs ou les effectifs des groupes d'âge de 15 à 64 ans (personnes en âge de travailler). Dans le cadre de nos analyses, qui traitent de la dynamique de l'emploi, le paramètre de référence de l'ensemble des travailleurs dépendants nous paraît plus adéquat, et tous nos calculs se réfèrent donc à cette base.

C'est ainsi par exemple que les flux globaux vers et depuis l'emploi représentent la somme des transitions correspondantes de toutes les personnes en âge de travailler (a). Les pourcentages indiqués dans le texte l'expriment en proportion de l'ensemble des trravailleurs dépendants (b) en vertu de la formule: a/b * 100.

8.1.3.2. Diagramme 3: Différence des flux entre emploi et chômage

8.1.3.3. Diagramme 4: Différence des flux vers et depuis l'emploi

8.1.3.4. Diagramme 5: Différence des flux vers et depuis l'emploi

8.1.3.5. Diagramme 6: Différence des flux vers et depuis l'emploi

8.1.3.6. Tableau 3: Transitions depuis l'éducation vers l'emploi (%)

Pays Année Transitions* Pays Année Transitions*
Belgique 1992 2,37 Irlande 1992 3,81
1993 1,32 1993 3,89
1994 2,05 1994 4,14
1995 1,98 1995 4,74
Allemagne 1992 2,45 Italie 1992 1,48
1993 2,23 1993 1,40
1994 2,46 1994 1,29
1995 2,63 1995 1,61
Danemark 1992 4,88 Luxembourg 1992 2,01
1993 5,37 1993 1,94
1994 7,07 1994 2,05
1995 8,23 1995 1,96
Espagne 1992 2,65 Pays-Bas 1992 3,22
1993 2,07 1993 3,03
1994 1,96 1994 2,54
1995 2,33 1995 2,83
France 1992 2,40 Portugal 1992 2,41
1993 2,20 1993 1,73
1994 2,02 1994 1,83
1995 2,34 1995 1,95
Grèce 1992 1,99 Royaume-Uni 1992 3,35
1993 1,57 1993 3,14
1994 1,48 1994 3,62
1995 1,58 1995 3,75
Autriche 1995 2,16
Finlande 1995 5,09

  • * sur l'ensemble des travailleurs dépendants.

    8.1.4. La dynamique du passage de l'école à la vie active

    Parallèlement au chômage de longue durée, le chômage des jeunes est lui aussi devenu ces dernières années un aspect essentiel de la politique de l'emploi de l'Union européenne (Commission européenne 1993, 1995). Or, le chômage des jeunes est lié de façon spécifique aux processus dynamiques et aux marchés du travail de transition. D'une part, l'importance numérique d'une classe d'âge détermine les chances ultérieures d'insertion, d'autre part les différences de la demande de travail entraînent selon les cycles conjoncturels des modèles d'insertion spécifiques aux diverses cohortes. On caractérise mieux le rôle de la politique de l'emploi dans ce processus dynamique des transitions depuis l'éducation vers la profession en parlant d'une politique à la traîne que d'une lutte préventive contre les éventuelles déficiences (Schömann, Blossfeld & Hannan 1995).

    Nous présenterons dans cette section les premiers résultats d'une évaluation comparative de la dynamique de ce processus, qui bien entendu se trouvent soumis aux mêmes restrictions que les analyses qui précèdent (cf. encadré). On est cependant fondé à penser que les sous-estimations des transitions depuis l'éducation vers la profession, telles qu'elles résultent de la conception transversale des données de l'Enquête communautaire sur les forces de travail, sont bien moindres pour ce type de transition: les sorties des écoles, des formes duales de formation et des établissements d'enseignement supérieur ne coïncident guère avec le moment de l'enquête.

    Le tableau 3 présente l'évolution du nombre de transitions depuis l'éducation vers l'emploi, exprimée en pourcentage du nombre du total des travailleurs dépendants de la même année. Pour la Belgique par exemple, on ne peut en déduire qu'une faible dynamique de ces transitions avec cependant un taux d'activité professionnelle relativement faible des 15-24 ans (10 % en 1994; Eurostat 1994) peut générer un chômage des jeunes relativement élevé (24 % en 1994). Pour le même type de transition, on peut observer une dynamique comparable des transitions également en Grèce, en Italie et depuis 1994 aussi au Portugal. En France et en Espagne, la dynamique de ces transitions est plus élevée dans les années 90 que dans les pays qui viennent d'être cités, mais là encore on parvient avec un faible taux d'activité professionnelle à un important chômage des jeunes.

    L'attention est attirée par le taux important de transition directe entre éducation et emploi observé au Danemark, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aussi en Irlande (cf. tableau 3). Le Danemark et l'Irlande ont en outre les taux d'activité professionnelle les plus élevés de tous les Etats membres de l'UE. Il reste cependant étonnant que notamment le Danemark, malgré cette proportion importante de jeunes qui affluent tôt déjà sur le marché du travail, soit même parvenu à faire baisser le chômage des jeunes depuis 1993. Il ne fait guère de doute que la raison en est un important taux d'activité de la politique de l'emploi avec une nette orientation sur les groupes cibles. Le Royaume-Uni et l'Irlande sont eux aussi parvenus à faire baisser de façon comparable (respectivement 2 et 3,4 points) le chômage des jeunes (Eurostat, Chômage n° 5/1996). L'Allemagne et le Luxembourg ont pu conserver, même avec de faibles taux de transition, un faible chômage des jeunes.

    Pour les nouveaux Etats membres de l'UE, nous ne disposons d'informations que pour la Finlande et l'Autriche en 1995. On observe tout au moins pour la Finlande qu'avec 5 % de transitions depui/l'éducation sur l'ensemble des salariés, la part des nouvelles insertions sur le marché du travail est assez élevée en moyenne européenne. Une proportion (au contraire du passé) importante de population jeune annonce que la pression des problèmes du chômage des jeunes se renforcera dans la Finlande des années 90. Pour l'Autriche, la structure démographique d'une population plus âgée et le système dual de formation font qu'il ne sera pas aussi pressant que la politique de l'emploi accompagne les transitions depuis l'éducation vers le marché du travail.

    8.1.5. Conclusions et perspectives

    On peut retenir pour conclure que la perspective dynamique des flux du marché du travail et la mobilité entre divers statuts d'emploi peut illustrer de façon assez concluante la dynamique du chômage et de l'emploi par les excédents des différents bilans. Par le rythme annuel des enquêtes menées au printemps et les informations rétrospectives certes rudimentaires, il est possible de dégager de ce système de comptes rendus un «système d'alerte précoce» pour le marché du travail. En tout état de cause, on constate que l'Enquête communautaire sur les forces de travail peut servir de base d'un système de monitorage informatif qui esquisserait les fourvoiements précoces et les tendances à l'amélioration et serait susceptible de ce fait d'autoriser la politique de l'emploi à répondre en temps utile, dans la mesure où sa structure suivrait de près l'évolution et serait plus détaillée (cf. à ce sujet également Auer & Kruppe 1996).

    Un tel système de monitorage devrait permettre des analyses en profondeur et tenir compte parallèlement aux flux évoqués ici d'autres flux spécifiques à des groupes cibles, par exemple les flux vers le chômage de longue durée, l'emploi indépendant et les transitions spécifiques des secteurs industriels et des professions. De même, les flux directs d'un emploi vers un autre devraient être mesurés de façon bien plus précise. Il serait intéressant de recueillir les données à intervalles trimestriels. Enfin, l'ampleur de l'échantillon devrait être mise à profit pour mieux appréhender la mise en ouvre des instruments de la politique de l'emploi lors des diverses transitions.

    Les données faisant état de différences entre les sexes dans la composition des flux, une telle extension serait d'ores et déjà possible sans grandes difficultés. D'autres extensions, par exemple les flux depuis le chômage de longue durée, ne peuvent malheureusement être réalisées au moyen de la structure actuelle des données de l'Enquête communautaire sur les forces de travail. On peut fonder des espérances sur la possibilité toujours meilleure d'utiliser le Panel européen des ménages pour une analyse longitudinale plus exhaustive et plus précise de toutes les dynamiques importantes de l'emploi. Diverses extensions des bilans existants de l'emploi seraient réalisables: dans le cadre de la discussion sur la flexibilité des marchés du travail dans l'UE, des études sur les flux vers et depuis l'emploi à durée déterminée s'imposeraient à titre de critère supplémentaire d'évaluation de la qualité et de la persistance des transitions. C'est ainsi par exemple que les transitions depuis le chômage vers l'emploi à durée déterminée vont en 1994 pour l'Espagne, l'Irlande, la France, le Portugal et le Danemark de 90 % (en Espagne) à 46 % (au Danemark) (OCDE 1996, p. 16). Il s'agit là d'un indicateur de l'absence éventuelle de persistance des nouveaux emplois (Schömann, Rogowski & Kruppe 1995). Il faudrait relever de façon tout au moins approximative la rémunération du travail dans l'emploi actuel et dans l'emploi précédent pour pouvoir évaluer sommairement si la mobilité de l'emploi est en corrélation avec une plus grande productivité et une croissance économique générale.

    En ce qui concerne le repérage de systèmes d'emploi qui diffèrent sur le plan culturel et institutionnel, il importerait de mettre aussi les flux d'emploi dont nous rendons compte en corrélation avec les structures des participants à la politique active de l'emploi. Des comparaisons même grossières de nos bilans d'emploi avec les bilans des participants à la politique de l'emploi (OCDE 1996) montrent que dans les pays scandinaves, mais aussi en Irlande et en France, le nombre des flux d'emploi est relativement élevé en raison des forts flux annuels vers les mesures de politique de l'emploi. La conclusion inverse (peu de participants et en même temps faibles flux d'emploi) n'en est pas pour autant toujours licite. C'est ainsi que l'exemple de l'Espagne montre que même sans que la politique de l'emploi joue un fort rôle, on peut parvenir à une mobilité importante de l'emploi5.

    Un objectif modifié de plein emploi, comme le revendique la théorie des marchés du travail de transition (Schmid 1993), ou bien le but proclamé dans le Livre blanc de la Commission européenne (1993) et repris par plusieurs pays de réduire de moitié le chômage d'ici à l'an 2000, ne sauraient toutefois être atteints que par de considérables efforts de la politique de l'emploi et des conditions macro-économiques globales favorables.

    8.1.6. Literatur

    Bibliographie

    Auer, P. (1984): Maßnahmen zur Reintegration von Langzeitarbeitslosen. Discussion paper IIM/LMP 84-20, Wissenschaftszentrum Berlin. Berlin.

    Auer, P. & T. Kruppe (1996): «Labour Market Monitoring in EU Countries.» In: G. Schmid, J. O'Reilly & K. Schömann (éd.): International Handbook of Labour Market Policy and Evaluation. Cheltenham.

    Commission européenne (1993): Livre blanc «Croissance, compétitivité, emploi». Bruxelles.

    Commission européenne (1995): L'emploi en Europe. Luxembourg.

    Eurostat (1992): Enquête sur les forces de travail: Méthodes et définitions. Luxembourg.

    Eurostat (1994): Enquête sur les forces de travail: Résultats. Luxembourg.

    Layard, R., S. J. Nickel & R. Jackman (1991): Unemployment - Macroeconomic Performance and the Labour Market. Oxford.

    Mosley, H., T. Kruppe & S. Speckesser (1995): Flexible Adjustment through Short-time Work: A Comparison of France, Germany, Italy and Spain. Discussion paper FS I 95-205, Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung. Berlin.

    OCDE (1995): Perspectives de l'emploi. Paris.

    OCDe (1996): Perspectives de l'emploi. Paris.

    O'Reilly, J. & S. Bothfeld (1996): «Transitions sur le marché du travail et travail à temps partiel.» In: inforMISEP n° 54, p. 23-31.

    Schettkat, R. (1995): Asymmetric Labor Market Flows over the Business Cycle. Discussion paper FS I 95-304, Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung. Berlin.

    Schmid, G. (1993): Übergänge in die Vollbeschäftigung. Formen und Finanzierung einer zukunftsgerechten Arbeitsmarktpolitik. Discussion paper FS I 93-208. Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung. Berlin.

    Schmid, G., J. O'Reilly & K. Schömann (Hg.) (1996): International Handbook of Labour Market Policy and Evaluation. Cheltenham.

    Schömann, K., H. P. Blossfeld & M. T. Hannan (1995): «Institutional Dynamics: Education and Labour Market Segmentation at Entry into the Labour Market.» In: Comparative Social Research, Vol. 15, p. 103-127.

    Schömann, K., R. Rogowski & T. Kruppe (1995): Fixed-term Contracts and Labour Market Efficiency in the European Union. Discussion paper FS I 95-207, Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung. Berlin.

    Schömann, K. (1994): The Dynamics of Labor Earnings over the Life Course - A Comparative and Longitudinal Analysis of Germany and Poland. Berlin.


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