![]() |
| Introduction | Rapports d’information de base | InfoMISEP Reports |
Politiques nationales du marché du travailInforMISEP Politiques
|
| Allemagne | Pays-Bas | |||||
| 1983 | 1991 | 1996 | 1983 | 1991 | 1996 | |
| Taux globaux de chô- | ||||||
| mage 1) | 7,7 | 4,2 | 9,0 | 12,0 | 9,7 | 6,3 |
| - travailleurs âgés | ||||||
| (55-64 ans) | 8,9 | 13,4 | 17,9 | 13,4 | 3,4 | 4,0 |
| - jeunes | ||||||
| (15-24 ans) | 11,0 | 5,4 | 8,0 | 24,9 | 10,0 | 11,4 |
| - femmes | 8,8 | 7,0 | 10,2 | 14,0 | 9,7 | 8,1 |
| - travailleurs mal qualifiés 2) | 14,0 | 13,1 | 19,7 | n.d. | 9,6 | 10,8 |
| - étrangers 3) | 14,7 | 10,7 | 18,9 | 20,0 a) | 17,0 | 17,9 |
| Chômeurs de longue durée 4) | 41,6 | 31,5 | 48,3 b) | 47,8 | 45,5 | 49,0 |
1 = standardisés; 2 = sans qualification professionnelle; 3 = minorités ethniques aux Pays-Bas; 4 = proportion parmi la totalité des chômeurs; a = 1987; b = 1995; n.d. = non disponible.
Sources: OCDE 1997a et 1996a; Statistiques de la population active 1974-94; ANBA-Jahreszahlen, diverses années; ANBA-Strukturanalyse 1996; ANBA-Sonderheft Arbeitsmarkt 1996; Social Memorandum Netherlands 1998 (à paraître); calculs de l'auteur.
Source: OCDE 1997b, annexe, tableau 13; données pour 1997: projections.
** Proportion de femmes/hommes travaillant à temps partiel sur l’ensemble des femmes/hommes exerçant une activité professionnelle.
Source: OCDE 1996a, tableau E.
Sources: Statistiques de la population active de l’OCDE, 1974–1994; Perspectives de l’emploi de l’OCDE, 1996a et 1997a.
L'effet des filtres économiques institutionnels se révèle dans le niveau et dans la dynamique du revenu national et dans la contribution des différents éléments qui constituent la valeur ajoutée. La décomposition des différents éléments du PIB par habitant en chiffres distincts pour la productivité du travail, les heures de travail par travailleur et le taux d'activité s'y prête bien. Alors que la productivité du travail peut être utilisée comme un indicateur de l'efficacité du marché du travail, le temps de travail par travailleur peut être interprété comme un indicateur du degré de redistribution de l'emploi et du revenu; le taux d'activité, quant à lui, sert d'indicateur du degré d'intégration sociale.
Le tableau 2 montre qu'en termes de PIB par habitant (à parité de pouvoir d'achat), les USA ont joui du niveau le plus élevé de prospérité économique, suivis du Japon et de l'Allemagne, les Pays-Bas restant à la traîne des trois pays à cet égard6. En ce qui concerne l'indicateur d'efficacité (c'est-à-dire la productivité horaire), l'ordre est par contre assez différent. Ce sont les Pays-Bas et (avec un certain écart) l'Allemagne qui sont en tête, suivis des USA et du Japon. Les Pays-Bas mènent également le peloton pour ce qui est de l'indicateur de la redistribution de l'emploi: les Pays-Bas ont le temps de travail moyen par travailleur le plus faible, suivis de l'Allemagne, du Japon et, fait surprenant, des USA en dernière position.
On ne sera enfin guère surpris de constater qu'en ce qui concerne l'indicateur du degré d'intégration sociale, l'ordre est encore différent. C'est le Japon qui a le degré le plus élevé d'intégration, suivi des USA, avec les Pays-Bas derrière l'Allemagne. Cette décomposition du PIB en ses différents éléments révèle plus clairement la raison pour laquelle les Pays-Bas ont un PIB par habitant relativement faible, alors qu'ils occupent la première place pour l'efficacité. Ceci est dû essentiellement au faible taux d'emploi, qui résulte de la stratégie de retraite anticipée poursuivie pendant une période prolongée, et qui n'a pas été entièrement compensé même par la création d'un grand nombre d'emplois à temps partiel. Si les Pays-Bas s'en tiennent à la stratégie consistant à redistribuer le travail et à réduire le temps moyen de travail (sur l'ensemble de la vie professionnelle), il faudra chercher des moyens de relever encore le niveau général de l'emploi. L'Allemagne est confrontée à un problème similaire, avec un accent un peu différent: elle présente encore des possibilités de poursuite de la redistribution du travail au profit de la création d'emplois, et le degré d'intégration du marché du travail pourrait également être amélioré.
Cependant, avant de faire prématurément nos adieux au modèle néerlandais, nous devrions jeter un rapide coup d'œil sur la dynamique de la prospérité économique. La dynamique de la croissance s'est-elle aux Pays-Bas dégradée en termes relatifs suite à la redistribution massive du travail et des revenus, comme les adages des économistes néo-classiques et des keynésiens classiques nous amèneraient à le supposer? Loin de là. Une ventilation des taux de croissance annuels moyens du PIB par habitant entre 1983 et 1994 en chiffres distincts pour la productivité du travail, la redistribution du travail et l'intégration du marché du travail fournit le tableau suivant (tableau 3):
Une ventilation de l'augmentation du revenu national par habitant au cours de la dernière décennie révèle un tableau surprenant: la dynamique de la croissance aux Pays-Bas est la même qu'aux USA, tandis que l'Allemagne de l'Ouest obtient un résultat légèrement moins bon. Seul le Japon obtient un meilleur résultat. Le taux relativement faible de la croissance de l'Allemagne fédérale (de l'Ouest) peut probablement être attribué aux énormes versements de transfert effectués, dans les années qui ont suivi l'unification, vers les nouveaux Länder issus de l'ancienne RDA.
La composition de cette croissance varie cependant fortement d'un pays à l'autre. La moitié de la croissance environ provient aux USA de la productivité du travail et de l'augmentation du taux d'activité. Si l'on prend en considération l'augmentation du temps moyen de travail par travailleur, on peut dire que le système de l'emploi des USA est un système de croissance extensive. Le Japon est quant à lui le système de haute productivité par excellence: la productivité du travail surpasse la croissance, et le taux relatif d'emploi n'a pu être réduit que par une diminution du temps individuel de travail (le niveau initial étant toutefois très élevé).
Un élément surprenant est l'ampleur de la contribution apportée par le facteur de l'intégration en Allemagne et aux Pays-Bas. A première vue, ce résultat est en complète contradiction avec ce que l'on aurait pu attendre sur la base d'autres indicateurs, qui suggèrent que l'exclusion du marché du travail augmente et que la croissance économique ne se traduit guère par de nouveaux emplois. Cette contradiction peut être résolue lorsqu'on considère la considérable réduction du temps individuel de travail par rapport à la croissance. Bien sûr, cela a réduit de près de 50~% la croissance potentielle, mais l'effet sur la création d'emplois et sur la redistribution du travail a dans les deux cas été manifestement positif. Aux Pays-Bas, cet effet a été obtenu par la création d'emplois à temps partiel et la politique de retraite anticipée, comme nous l'avons vu plus haut; en Allemagne, il a été essentiellement le fait d'une réduction des horaires hebdomadaires et de programmes de retraite anticipée7.
Si l'on admet que la politique de retraite anticipée ne peut plus être maintenue et que seule l'Allemagne présente encore de considérables possibilités de redistribution de l'emploi par un accroissement du travail à temps partiel8, la question qui se pose est celle de savoir quelle politique est en mesure d'encourager une croissance porteuse d'emploi. Le niveau de l'emploi est tributaire surtout de décisions prises dans le système de production, c'est-à-dire de la politique monétaire et fiscale et de la mesure dans laquelle la politique structurelle est favorable à l'innovation. Ce sont toutefois les institutions du marché du travail (ménages privés, système éducatif, système des relations industrielles et système de sécurité sociale) qui déterminent si les décisions au niveau de la production sont converties en emplois. La politique de l'emploi est un facteur intermédiaire important, qui a une fonction de catalyse et de coordination dans l'amélioration des interfaces entre les diverses institutions du marché du travail. Nous allons donc poursuivre notre étude comparative en examinant le rôle de la politique de l'emploi dans les systèmes néerlandais et allemand de l'emploi9.
| PIB/pop | = | PIB/h | * | h/p | * | p/pop | |
| USA | 19.364 | = | 21,09 | * | 1.945 | * | 0,47 |
| Japon | 15.735 | = | 16,07 | * | 1.898 | * | 0,52 |
| Allemagne | 14.933 | = | 21,50 | * | 1.575 | * | 0,44 |
| Pays-Bas | 14.109 | = | 23,43 | * | 1.397 | * | 0,43 |
PIB/pop = Produit intérieur brut par habitant.
h = heures de travail réellement effectuées par an (c'est-à-dire volume de travail).
p = personne active ayant un emploi.
h/p = heures de travail réellement effectuées par an par personne.
p/pop = personnes ayant un emploi/population totale (c'est-à-dire taux d'activité professionnelle).
Sources: calculs de l'auteur; données sur le PIB: OCDE 1996c (Statistiques de base, comparaison internationale) et conversion des données en US$ en ECU au taux de 0,759; données sur les heures de travail effectuées: OCDE 1996a (tableau C, p. 190); données sur la population active: OCDE 1996c (Statistiques de base, total de l'emploi civil); données sur la population: idem.
| Taux annuels moyens de croissance | |||||||
| DPIP/pop | = | DPIB/h | + | Dh/p | + | Dp/pop | |
| USA | 2,0 | 0,8 | 0,3 | 0,9 | |||
| Japon | 3,0 | 3,2 | -0,9 | 0,7 | |||
| Allemagne (Ouest) | 1,8 | 0,3 | -0,9 | 2,4 | |||
| Pays-Bas | 2,0 | 0,8 | -0,8 | 2,1 |
Malgré un moindre chômage, les Pays-Bas ont en 1996 consacré une part plus importante de leur PIB que l'Allemagne, en chiffres tant absolus que relatifs, à la politique passive de l'emploi. Alors que les Pays-Bas ont consacré 3,4~% du PIB aux chômeurs, le chiffre n'était en Allemagne «que» de 2~%. En d'autres termes, les Pays-Bas ont dépensé pour chaque chômeur en moyenne 20.937 ECU par an, contre «seulement» 11.079 ECU pour l'Allemagne (figure 6).
La protection sociale des chômeurs est donc bien plus généreuse aux Pays-Bas qu'en Allemagne. Les taux de compensation salariale le montrent également: le taux de compensation salariale (avant imposition) pour un célibataire touchant un salaire moyen est aux Pays-Bas de 70~% pour le premier mois de chômage, contre 37~% en Allemagne. Le taux de compensation salariale nette (après imposition, y compris paiements de transfert) est de 77~% pour un couple marié sans enfants, contre 60~% en Allemagne; pour un couple marié avec deux enfants à charge, les chiffres sont respectivement de 84 et 78~%. Même la durée maximum des droits, qui s'applique essentiellement aux travailleurs âgés ayant de longs antécédents d'emploi, est bien plus longue aux Pays-Bas qu'en Allemagne: 54 mois contre 32. A l'expiration des droits, l'indemnité de chômage est remplacée par une allocation de chômage ou d'assistance sociale basée sur les ressources. Pour une personne au chômage depuis 60 mois, pouvant prétendre à indemnisation, mariée et ayant deux enfants, le taux de compensation salariale nette est encore de 80~% aux Pays-Bas, contre 71~% en Allemagne; ces chiffres sont encore plus élevés pour les bas salaires10.
En revanche, la politique active de l'emploi a bénéficié d'une plus grande priorité en Allemagne qu'aux Pays-Bas; l'écart a cependant diminué ces derniers temps. En 1996, l'Allemagne a consacré au total 1,43~% de son PIB aux mesures de promotion de l'emploi, les Pays-Bas 1,37~%. Les activités relevant de ce secteur sont cependant altérées par la situation exceptionnelle de l'Allemagne de l'Est, où des programmes continuent d'être menés en très grand nombre du fait de l'absence quasi-totale d'autres solutions à l'important chômage. La structure des mesures est aussi très différente. L'accent porte en Allemagne essentiellement sur la formation continue et les programmes de création d'emplois, tandis que 40~% des dépenses sont aux Pays-Bas consacrées aux programmes de promotion de l'emploi des handicapés et une part croissante aux services de placement. On trouve une différence frappante dans le recours à la politique de l'emploi en tant qu'instrument de compensation des fluctuations cycliques de la demande: les indemnisations de brève durée jouent un rôle bien moins important aux Pays-Bas qu'en Allemagne. Et l'option du recours à l'indemnisation de brève durée aux fins d'adaptation structurelle, introduite en Allemagne au début des années 90, n'est pas disponible aux Pays-Bas (de Broeder 1995). Il convient également de noter qu'il n'est pas fait état aux Pays-Bas de dépenses de réadaptation professionnelle, alors que celle-ci joue un rôle important en Allemagne. Enfin, la politique allemande de l'emploi cherche à fournir un soutien aux chômeurs désireux de se mettre à leur compte, un programme qui semble ne pas exister aux Pays-Bas (tableau 4).
La structure des dépenses se reflète également dans le nombre de participants à des programmes de politique de l'emploi: en 1996, 4,2~% de la population économiquement active d'Allemagne participait à de tels programmes, soit près de deux fois plus qu'aux Pays-Bas (2,5~%). Là encore toutefois, cette différence résulte dans une large mesure de la situation exceptionnelle des nouveaux Länder d'Allemagne de l'Est. Les principales différences résident dans la formation continue et les programmes de création d'emplois, qui relevaient à l'origine davantage de la politique sociale que de la politique de l'emploi en Allemagne de l'Est. Ces différences vont en diminuant du fait à la fois des réductions au niveau du financement et du processus graduel de normalisation qui se déroule en Allemagne. Malheureusement, les données disponibles ne permettent pas de dire si les ressources allouées par personne sont affectées plus efficacement aux Pays-Bas qu'en Allemagne11.
Le taux d'activité, qui indique la proportion des dépenses de politique active de l'emploi dans le budget global du marché du travail, est bien plus faible aux Pays-Bas qu'en Allemagne; environ un quart seulement de ce budget est consacré aux mesures de promotion de l'emploi aux Pays-Bas, contre plus du tiers en Allemagne. Abstraction faite des variations cycliques et des effets spécifiques de l'unification allemande, ces proportions sont restées pratiquement inchangées au cours des dix dernières années (figure 6). Quelles conclusions peut-on en tirer?
Tout d'abord, un taux élevé est préférable à un taux faible de politique active de l'emploi, pourvu que les résultats des programmes de promotion de l'emploi ainsi financés ne soient pas intégralement négatifs. Même si la productivité marginale de la politique allemande de l'emploi diminue, la plupart des programmes peuvent encore faire l'objet d'un jugement positif. Tel est tout au moins le cas d'une proportion élevée des programmes de formation continue, de l'assistance fournie aux chômeurs cherchant à se mettre à leur compte, de l'indemnisation de brève durée et des subventions salariales qui constituent un élément de la politique structurelle. A cet égard, les Pays-Bas ont des leçons à recevoir de l'Allemagne. C'est notamment le cas dans le domaine de la formation, qui est celui où l'écart entre la politique de l'emploi des Pays-Bas et de l'Allemagne est le plus grand en termes quantitatifs. Cette observation est corroborée par une analyse comparative de l'offre de ressources humaines, qui met en évidence la situation relativement défavorable des Pays-Bas vis-à-vis de l'Allemagne dans le domaine des qualifications moyennes (de Jager 1995).
En revanche, l'Allemagne peut tirer des enseignements de la modernisation du service néerlandais de l'emploi. Le service de placement des chômeurs de longue durée, qui dans des conditions normales n'ont pratiquement aucune chance de retrouver un emploi, présente un intérêt particulier. Certaines idées nouvelles ont déjà été introduites, par exemple les formules START et MAATWERK12. On peut citer parmi les autres mesures novatrices les conventions de coopération entre les agences pour l'emploi et les principaux acteurs au niveau régional, et les expériences d'allocation de ressources aux programmes ayant un bilan établi de réussite13. Cependant, le faible niveau des mesures de politique active de l'emploi dans les deux pays semble indiquer qu'il existe encore de considérables ressources inexploitées qui pourraient être utilisées au bénéfice de mesures de promotion productive de l'emploi14.
Source: OCDE 1996a et 1997a (pour 1996).
| Allemagne | Pays-Bas | |||
| 1992 | 1996 | 1992 | 1996 | |
| Dépenses de politique passive de | ||||
| l'emploi | 1,96 | 2,37 | 2,58 | 3,41 |
| Dépenses de politique active de | ||||
| l'emploi | 1,69 | 1,43 | 1,14 | 1,37 |
| - service de l'emploi | 0,24 | 0,24 | 0,16 | 0,36 |
| - formation initiale et continue | 0,65 | 0,45 | 0,23 | 0,12 |
| - programmes en faveur des jeunes | 0,06 | 0,07 | 0,06 | 0,09 |
| - subventions salariales | 0,07 | 0,07 | 0,03 | 0,13 |
| - création d'entreprises | - | 0,03 | - | - |
| - programmes de création d'emplois | 0,43 | 0,30 | 0,05 | 0,13 |
| - réadaptation professionnelle | 0,14 | 0,14 | - | - |
| - programmes en faveur des handicapés | 0,11 | 0,14 | 0,61 | 0,54 |
| Eintritt in | 6,3 | 4,0 | 2,9 | 2,5 |
| - formation initiale et continue | 4,1 | 1,6 | 1,6 | 1,2 |
| - programmes en faveur des jeunes | 0,6 | 0,7 | 0,8 | 0,7 |
| - emploi subventionné | 0,2 | 0,2 | 0,2 | 0,2 |
| - création de nouvelles entreprises | 0,1 | 0,2 | - | - |
| - programmes de création d'emplois | 1,0 | 1,0 | 0,2 | 0,2 |
| - réadaptation professionnelle | 0,3 | 0,3 | - | - |
| - ateliers pour handicapés | n. d. | n. d. | 0,1 | 0,2 |
Sources: OCDE 1997a (tableau K) et 1996a (tableau T). Les données de 1996 étant lacunaires, les entrées se réfèrent pour les Pays-Bas à 1995.
L'une des causes du «mal européen» est manifestement l'incapacité à traduire les décisions de production en décisions d'emploi. Les Pays-Bas semblent constituer une exception. Il convient cependant de soumettre les succès obtenus par le pays en matière de croissance quantitative de l'emploi à un test qualitatif. Un diagnostic plus complexe de ce type ôte un peu de son lustre au modèle néerlandais. Ceci concerne notamment la précarité de nombreux emplois flexibles. Il n'en reste pas moins que la stratégie néerlandaise de l'emploi, une stratégie de redistribution du travail et des revenus sur une grande échelle, doit être considérée tout au moins au début comme un succès. Les sceptiques peuvent répondre qu'une stratégie de ce type entrave l'efficacité économique. Il est effectivement vrai que le PIB par habitant est aux Pays-Bas plus faible que dans des pays comparables, mais rien ne semble indiquer que la dynamique de la croissance s'essouffle. Les statistiques les plus récentes (qui ne figurent pas ici) indiquent que les Pays-Bas comblent même le fossé qui s'est ouvert dans les années 80.
Il n'en convient pas moins de se demander si la démarche «malthusienne» de redistribution, c'est-à-dire l'exclusion des travailleurs âgés mais pas forcément moins performants du marché du travail, peut être maintenue. Un autre fait décevant est que même la machine néerlandaise de création d'emplois n'a guère affecté le sort des nombreux chômeurs de longue durée. A cet égard, la politique néerlandaise de l'emploi, qui jusqu'à la fin des années 80 n'a pas fait grand-chose pour augmenter la population économiquement active, doit changer d'orientation. Ceci s'applique toutefois aussi à la politique de l'emploi de l'Allemagne, qui ne devance que de quelques longueurs les Pays-Bas en termes de taux d'activité et qui se trouve aussi confrontée au défi d'un taux intolérablement élevé de chômage de longue durée.
Depuis le début des années 90, les gouvernements et les partenaires sociaux néerlandais ont relevé ces défis et effectivement pris des mesures pour activer la politique de l'emploi. Ces réformes donnent la priorité à des prestations intensives de placement par le service public de l'emploi et des organisations intermédiaires, leur efficacité étant par la décentralisation de la mise en œuvre des politiques, un suivi attentif et l'affectation des ressources en fonction des résultats. Des décisions importantes ont aussi été prises en matière de sécurité sociale afin de réduire le recours excessif aux pensions d'invalidité, et les barrières qui s'opposaient encore à l'emploi à temps partiel ont été éliminées. En 1997 et dans les années suivantes, le gouvernement stimule la création d'emplois additionnels rétribués au salaire minimum ou juste au-dessus en réduisant les cotisations patronales de sécurité sociale et en étendant les emplois permanents pour chômeurs de longue durée dans le secteur public.
Et enfin, rien n'indique que le zèle réformateur néerlandais marque le pas. De nouvelles lois visent à améliorer la situation légale des «travailleurs flexibles» et à se rapprocher de l'idéal d'un marché du travail optimisant à la fois «flexibilité et sécurité»15. Un aspect spécifique de toutes ces activités est l'intense communication entre le gouvernement et les partenaires sociaux, qui constitue sans doute la principale explication de la réussite néerlandaise. Le résultat des efforts les plus récents se reflète non seulement dans la substantielle réduction du taux de chômage standardisé, qui à présent (été 1997) est effectivement de 5,5~% contre 9,6~% en Allemagne, mais aussi dans la baisse du «taux de chômage élargi», pour lequel les chiffres les plus récents (cf. figure 5) ne sont pas encore disponibles.
Bibliographie sélective
Blomsma, M. & R. Jansweijer (1997): «The Netherlands: Growing Importance of Private Sector Arrangements.» In: E. Wadensjö & M. Rein (éd.): Enterprise and the Welfare State. Cheltenham: Edward Elgar.
de Jager, N.~E.~M. (1995): «A Comparative Analysis of Current and Future Human Capital in Germany and the Netherlands.» In: Centraal Bureau voor de Statistiek: De Nederlandse Arbeidsmarktdag 1995. La Haye, p.~310-331.
Delsen, L. (1995): Atypical Employment: An International Perspective, Causes, Consequences and Policy. Groningue: Wolters-Noordhoff.
Delsen, L. & E. de Jong (éd.) (1997): The German and Dutch Economies: Who follows Whom? Heidelberg: Physica Verlag.
den Broeder, C. (1995): «A Comparative Analysis of Labour Market Flexibility in Germany and the Netherlands.» In: Centraal Bureau voor de Statistiek: De Nederlandse Arbeidsmarktdag 1995. La Haye, p. 287-309.
Dercksen, W.~J. & J. de Koning (1996): The New Public Employment Service in the Netherlands (1991-1994). Discussion Paper FS I 96-201. Berlin: Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung.
DIW (Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung) (1997): «Die Niederlande: Beschäftigungspolitisches Vorbild?» In: DIW-Wochenbericht, 64e année, n° 16, p. 259-263.
Eurostat (1996): Enquête sur les forces de travail. Résultats 1995. Luxembourg: Office des publications officielles des Communautés économiques (Population et conditions sociales, série 3C).
Houseman, S.~N. (1995): «Job Growth and the Quality of Jobs in the U.S. Economy.» In: Labour (IIRA), 9e année, n° spécial, S93-S124.
Ministère de l'économie (1995): Benchmarking the Netherlands. Test of Dutch Competitiveness. La Haye: Ministry of Economic Affairs.
Ministère des affaires sociales (1997): Social Policy and Economic Performance. La Haye: Ministerie van Sociale Zaken en Werkgelegenheid (SZW).
Moraal, D. (1994): Reorganisation der Arbeitsmarktpolitik. Weiterbildung für Arbeitslose in den Niederlanden. Discussion Paper FS~I 94-204. Berlin: Wissenschaftszentrum Berlin für Sozialforschung.
Muffels, R., R. Dekker & E. Stancanelli (1996): «Moving into and out of Flexible and Permanent Jobs: An Empirical Analysis of Labour Market Mobility Patterns in the Netherlands Using Dutch Panel Data.» Document élaboré à l'occasion de la conférence annuelle de l'European Association of Labour Economics (EALE), tenue en Crète, Chania, 19-22 septembre 1996.
OCDE (1995, 1996a, 1997a): Perspectives de l'emploi. Paris: Publications de l'OCDE.
OCDE (1996b, 1997b): Perspectives économiques. Paris: Publications de l'OCDE.
OCDE (1996c): Etudes économiques de l'OCDE 1995-1996, Pays-Bas. Paris: Publications de l'OCDE.
Schmid, G. (1996): «New Public Management of Further Training.» In: G. Schmid, J. O'Reilly & K. Schömann (éd.): International Handbook of Labour Market Policy and Evaluation. Cheltenham: Edward Elgar, p. 747-790.
Schmid, G. (en collaboration avec M. Helmer) (1997a): «The Dutch Employment Miracle? A Comparison of Employment Systems in the Netherlands and Germany.» In: L. Delsen & E. de Jong (éd.): The German and Dutch Economies: Who follows Whom? Heidelberg: Physica, p. 53-85.
Schmid, G. (1997b): «Beschäftigungswunder Niederlande? Ein Vergleich der Beschäftigungssysteme in den Niederlanden und in Deutschland.» In: Leviathan, 25e année, n° 3, p. 302-337.
Werner, H. (1994): «Beschäftigungsboom in den Niederlanden - ein Phänomen wird entschlüsselt.» In: IAB-Kurzbericht, n° 9 du 24.6.1994.
|
UE — Commission européenne DG EMPL/A/2 J II 27, |