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Le chômage et les ménages: causes et conséquences de la polarisation de l'emploi dans les pays européens
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Le chômage et les ménages: causes et conséquences de la polarisation de l'emploi dans les pays européens


Paul Gregg & Jonathan Wadsworth*

Le marché du travail de la plupart des pays d'Europe occidentale a été marqué au cours des trente dernières années par deux grands développements: tout d'abord, un grand nombre de femmes sont passées de l'inactivité à l'activité économique, si bien que le taux d'emploi féminin a augmenté sans trop affecter les chiffres du chômage. Deuxièmement, les hommes en âge de travailler se sont retirés de la population active en plus grand nombre que pendant les décennies précédentes, entraînant une augmentation du taux d'inactivité économique. Le taux de chômage des hommes ne reflète désormais peut-être plus fidèlement l'importance de leur inactivité.

Ces développements ne sont pas nouveaux, et ils sont bien documentés (OCDE 1992, 1994, 1995). C'est toutefois une question nouvelle que ces observations suscitent. Il paraît tout naturel de se demander si c'est au sein des mêmes ménages que ces tendances sont intervenues. L'analyse classique se contente d'étudier uniquement le comportement des individus, pour ensuite agréger les observations au niveau de la région, du secteur ou de l'économie. Mais les membres d'un même ménage partagent normalement une partie tout au moins de leur revenu, et donc si l'activité et l'inactivité des hommes et des femmes suivent des tendances différentes, il en résultera des effets directs sur les revenus des ménages, et en fin de compte sur les aspects de la pauvreté, de l'exclusion sociale et de l'inégalité des revenus au niveau national. En outre, comme de nombreuses prestations sociales octroyées par les pouvoirs publics le sont sous condition de ressources du ménage et non de l'individu, la distribution du travail affecte tant le volume des dépenses publiques que les incitations à passer de la perception de prestations au travail.

Nous examinerons deux hypothèses, qui toutes deux sont compatibles avec l'augmentation du taux d'activité des femmes et la diminution de celui des hommes. En premier lieu, si dans les ménages où les hommes ont perdu leur travail les femmes se sont mises à travailler, il y a bien eu une inversion des rôles des sexes, mais guère de changement quant au revenu du ménage et à sa prospérité. Mais si les femmes ne se sont mises à travailler que dans les ménages où les hommes travaillent déjà, mais pas dans les ménages où les hommes ont perdu leur travail, il en résulte une polarisation de la distribution du travail en ménages où tout le monde travaille et ménages où personne ne travaille. De ce fait, même si les taux nationaux d'emploi restent stables, il peut n'y en avoir pas moins une croissance de ce que l'on appellera ici les «ménages sans travail» si les nouveaux emplois sont occupés par des personnes relevant de ménages dont d'autres représentants travaillent déjà. Et cette situation se répercutera à son tour sur des aspects importants tels que ceux de l'augmentation de l'inégalité des revenus et de l'augmentation des taux de dépendance vis-à-vis des prestations sociales, phénomènes que l'on a pu au cours de la dernière décennie observer dans certains pays de l'OCDE. Un taux plus élevé de ménages sans travail pour un taux d'emploi donné signifie, toutes choses égales d'ailleurs, que les dépenses publiques consacrées aux prestations sociales versées sous condition de ressources sont plus élevées.

Bien sûr, même la découverte d'un nombre croissant de ménages sans travail ne signifiera pas nécessairement qu'il y ait un nouveau problème sur le marché du travail. La tendance vers des ménages constitués de moins d'adultes que par le passé diminue les chances qu'une personne devenant chômeuse soit prise en charge par un autre membre du ménage ayant du travail. Le nombre de ménages sans travail augmente sans qu'il y ait aucune dégradation de la performance du marché du travail. C'est la désagrégation des structures familiales traditionnelles, et non pas l'inactivité, qui va de pair avec un nombre élevé de ménages sans travail. Nous allons ci-dessous commencer par présenter ce que l'on sait de l'emploi en fonction des ménages en Europe, pour essayer ensuite d'évaluer s'il y a matière à préoccupation.

10.1.1. Les ménages sans travail en Europe

Il paraît donc important d'essayer d'évaluer sur laquelle de ces deux hypothèses le comportement dans le temps des marchés du travail d'Europe est basé. C'est exactement à cela que s'est attachée une série d'articles1. Le tableau 1 présente les données de l'évolution de la distribution du travail parmi les ménages entre 1983 et 1994 pour 10 Etats membres de l'UE. Notre étude ne couvre donc qu'une période où les taux de chômage sont restés élevés dans la plupart des pays étudiés, tandis qu'il n'y a pas d'observations pour les années de faible chômage2. Les résultats sont donc gauchis du fait de cette restriction. Les données sont tirées des Enquêtes sur les forces de travail des différents pays et communiquées par Eurostat. Comme les données se réfèrent aux ménages du meilleur âge actif (20-59 ans), ceci réduit les problèmes résultant des différences des taux d'instruction supérieure et de retraite anticipée d'un pays à l'autre. Tous les ménages où le chef de ménage est âgé de plus de 59 ans sont également exclus de l'analyse. Les données mesurent les taux de tous les ménages dans lesquels (a) il n'y a aucun adulte qui travaille (sans travail), (b) tous les adultes travaillent (tous travaillent) et (c) certains adultes, mais pas tous, travaillent (mixtes).

Le tableau 1 montre que les ménages dont certains membres travaillent et d'autres ne travaillent pas sont en déclin dans tous les pays analysés. A toute baisse de la proportion de ménages mixtes doit correspondre une augmentation de la proportion de ménages où chaque adulte travaille et/ou une augmentation de la proportion de ménages où aucun adulte ne travaille. Les choses ne sont pas semblables dans tous les pays. Huit pays ont accusé des proportions croissantes de ménages sans travail3, et neuf des proportions croissantes de ménages où tous les adultes travaillent (l'exception étant constituée par la France). En 1994, c'est au Portugal que l'on trouvait la plus faible proportion de ménages en âge de travailler sans travail (11%), avec ensuite l'Allemagne (de l'Ouest) avec 15,5%. C'est l'Irlande qui avait la proportion la plus élevée avec 22,3%, suivie par l'Espagne avec 20,1% et la Belgique avec 19,6%4. La polarisation de l'emploi, c'est-à-dire l'augmentation simultanée à la fois des ménages sans travail et des ménages où tous travaillent, est un phénomène que l'on constate dans sept pays. Par exemple, la baisse de 7 points de la proportion de ménages mixtes en Allemagne correspond à une augmentation de 6,5 points de la proportion de ménages où tous travaillent et à une augmentation de 0,5 point de celle des ménages sans travail. En Irlande, une baisse de 10 points des ménages mixtes correspond à une augmentation de 4 points des ménages sans travail et à une augmentation de 6 points de la proportion de ménages où tous travaillent.

Il est fréquent d'exprimer les préoccupations vis-à-vis de l'exclusion sociale en prenant pour critère le nombre d'enfants qui grandissent dans la pauvreté. Le taux de ménages sans travail parmi l'ensemble des ménages qui ont des enfants est indiqué à quatrième ligne du tableau 1. Le problème se pose avec une gravité particulière, et d'ailleurs croissante, en Grande-Bretagne et en Irlande, où 20% des ménages dans lesquels vivent des enfants n'avaient en 1994 aucun adulte effectuant un travail rémunéré. La Grèce, si elle a un taux élevé de ménages sans travail, présente un taux relativement faible de ménages sans travail parmi les ménages qui ont des enfants.

La distribution de l'emploi parmi les ménages peut se détériorer même lorsque la performance globale de l'emploi reste inchangée. C'est ce que montre la dernière ligne du tableau 1, qui présente les taux individuels d'emploi pour la même période5. En Irlande, le taux d'absence d'emploi de l'ensemble de la population n'a augmenté que d'un point de pourcentage entre 1983 et 1994, tandis que le taux de ménages sans travail augmentait de plus de cinq points. En Belgique, le taux global d'absence d'emploi était d'un point plus faible en 1994 qu'en 1983, tandis que le taux de ménages sans travail était de trois points plus élevé. L'effectif global de l'emploi ne reflète donc pas nécessairement l'importance des ménages sans travail et le renforcement du déséquilibre des revenus qui en résulte.

10.1.2. Tableau 1: Polarisation de l'emploi en Europe, 1983-1984 (en %)

D F I NL B UK IRL GR E P
Sans travail
1983 15,0 1) 12,5 13,2 20,6 2) 16,4 16,0 17,2 16,0 19,43 12,7 3)
1994 15,5 16,5 17,2 17,2 19,6 18,9 22,3 17,6 20,1 11,0
Mixtes
1983 32,5 30,6 47,4 39,1 41,8 30,1 47,3 46,3 54,5 38,3
1994 25,6 27,9 42,8 27,0 28,8 18,6 36,9 38,9 48,1 32,6
Tous travaillent
1983 52,5 56,9 39,4 40,3 41,8 53,9 35,5 37,7 26,2 49,0
1994 58,9 55,7 40,0 55,7 51,6 62,1 40,9 43,5 31,8 56,4
Pourcentage de ménages sans travail avec des enfants
1984 7,4 6,0 4,3 11,4 7,8 15,6 16,6 7,3 12,4 6,7
1994 8,9 8,8 7,7 10,7 10,7 20,6 19,8 5,6 12,8 4,9
Taux d'emploi
1983 61,9 59,6 53,9 51,8 54,1 65,3 52,3 54,9 45,3 64,4
1994 65,5 59,0 51,2 63,7 55,9 66,5 52,6 53,9 45,0 66,5

Source: Eurostat. - 1 = données de 1984; 2 = données de 1985; 3 = données de 1986.

10.1.3. Tableau 2: Proportion des différents types de ménages parmi l'ensemble de la population, 1994 (en %)

D F I NL B UK IRL GR E P
1 adulte, sans enfants
Proportion 0,33 0,28 0,23 0,31 1) 0,27 0,26 0,21 0,24 0,18 2) 0,17 2)
Taux sans
travail 0,30 0,35 0,41 0,36 0,41 0,32 0,40 0,45 0,46 0,36
1 adulte, avec enfants
Proportion 0,04 0,05 0,02 0,03 0,04 0,08 0,05 0,02 0,02 0,04
Taux sans
travail 0,38 0,34 0,34 0,58 0,48 0,60 0,73 0,38 0,46 0,25
2 adultes, sans enfants
Proportion 0,27 0,29 0,22 0,30 0,24 0,27 0,18 0,24 0,19 0,22
Taux sans
travail 0,09 0,11 0,16 0,09 0,17 0,08 0,15 0,15 0,21 0,09
2 adultes, avec enfants
Proportion 0,26 0,32 0,31 0,27 1) 0,31 0,29 0,39 0,33 0,35 2) 0,34 2)
Taux sans
travail 0,03 0,05 0,06 0,06 0,06 0,11 0,15 0,04 0,12 0,03
3 adultes, sans enfants
Proportion 0,08 0,08 0,19 0,08 0,12 0,07 0,11 0,14 0,18 0,16
Taux sans
travail 0,04 0,06 0,09 0,03 0,06 0,06 0,10 0,08 0,11 0,03
3 adultes, avec enfants
Proportion 0,02 0,02 0,03 0,01 0,02 0,02 0,07 0,03 0,07 0,06
Taux sans
travail 00,4 0,09 0,07 0,09 0,10 0,09 0,10 0,04 0,09 0,02

Source: Eurostat. - 1 = données disponibles uniquement pour 1985; 2 = données disponibles uniquement pour 1986.

10.1.4. Faut-il vraiment s'inquiéter?

On pourrait avancer que ces tendances n'indiquent pas qu'il y ait un véritable problème d'inactivité. La tendance pour les ménages à être constitués de moins d'adultes que par le passé réduit les chances qu'une personne qui se retrouve au chômage soit alors prise en charge par un autre membre du ménage qui a du travail. Peut-être faut il rechercher là, et non pas dans une dégradation de la performance du marché du travail, la raison de l'augmentation du nombre de ménages sans travail. C'est la désagrégation des structures familiales traditionnelles, et non pas l'absence de travail, qui va de pair avec un nombre élevé de ménages sans travail.

Supposons plutôt que le nombre de ménages sans travail soit en rapport direct avec la situation économique, augmentant en période de crise et diminuant en période d'essor. Plus l'évolution du nombre de ménages sans emploi qui s'explique ainsi est importante, plus les décideurs politiques doivent s'inquiéter que le ménage sans travail constitue un nouveau problème du marché du travail venant s'ajouter aux critères existants de mesure de l'exclusion sociale.

Quelle est donc l'explication la plus valable? Le tableau 2 montre la proportion de différents types de ménages parmi la population en même temps que leurs taux de ménages sans travail. La Grande-Bretagne a la plus grande proportion de ménages monoparentaux et, avec les Pays-Bas, la plus faible proportion de ménages comptant trois adultes ou plus. Des pays comme l'Espagne, l'Italie et le Portugal ont les taux les plus faibles de ménages constitués d'un seul adulte et les taux les plus élevés de ménages de trois adultes ou plus. Or, les taux de ménages sans travail sont respectivement les plus élevés et les plus faibles pour ces types de ménages. Il est donc possible que toute évolution vers des ménages comportant moins d'adultes fasse progresser le taux de ménages sans travail.

Considérons maintenant l'autre hypothèse. La figure 1 présente le changement du taux d'emploi entre 1984 et 1994 en même temps que le changement du taux de ménages sans travail dans les différents pays. Se peut-il vraiment qu'il n'y ait aucun rapport entre les deux? L'Italie présente le changement le plus défavorable du taux de ménages sans travail et les plus mauvais résultats en matière de création d'emplois pendant la période considérée, tandis que les Pays-Bas accusent la meilleure performance de création d'emplois et la baisse la plus marquée chez les ménages sans travail. La Grande-Bretagne et la Belgique se distinguent en ce que ces deux pays ont davantage de ménages sans travail qu'ils ne devraient en avoir eu égard à 'évolution de l'emploi.

Notre étude montre par ailleurs que depuis 1975 en Grande-Bretagne, un quart seulement de l'augmentation du taux des ménages sans travail peut s'expliquer par des changements de la composition des ménages (la variation inter-groupes). Le reste s'explique par une augmentation de la concentration de l'inactivité dans chaque type de ménage (la variation intra-groupes). C'est ainsi par exemple que la proportion de ménages sans travail de 2 adultes est passée de 3 à 11% entre 1975 et 1994. La population des ménages sans travail a augmenté non seulement parce qu'il existe davantage de ménages plus petits, mais aussi parce qu'elle est directement associée à l'évolution économique. Il est vrai que si cette analyse débutait au milieu des années 80, la croissance des ménages plus petits (variation inter-groupes) aurait un plus grand poids. Mais le tableau 3 montre que pour la moitié des 10 pays pendant cette période, la composante de la variation intra-groupes explique l'essentiel de l'évolution du nombre de ménages sans travail6.

Il est donc exact que des pays comme l'Espagne et l'Italie ont une proportion plus faible de ménages d'une seule personne que la Grande-Bretagne et que ceci peut expliquer en partie la différence du taux de ménages sans travail que l'on constate d'un pays à l'autre. Il serait toutefois erroné d'en déduire que ceci explique tout et que le ménage sans travail est en corrélation avec l'évolution économique. Une simple régression de l'évolution du taux de ménages sans travail (dw) par rapport à l'évolution du taux d'emploi (dE) aboutit à des coefficients estimés à

dw = 1,44 - 0,43 * dE (1).

Le premier terme signifie que, parmi les pays étudiés7, l'augmentation moyenne du taux de ménages sans travail entre 1984 et 1994 a été de 1,44 point de pourcentage. Le second terme indique que pendant cette période, il a fallu une augmentation de 3,5 points de pourcentage du taux d'emploi pour maintenir à un niveau constant le taux de ménages sans travail (3,5 * -0,43 = -1,5). Les pays dont l'évolution économique était meilleure ont réduit leur taux de ménages sans travail. Des régressions similaires dans lesquelles l'évolution du taux d'emploi est remplacée (a) par l'évolution du taux intra-groupes et (b) par l'évolution du taux inter-groupes aboutissent à des coefficients respectifs de

0,28 - 0,43 * dE (2)

et

1,30 - 0,02 * dE (3).

L'équation (2) confirme que seuls les changements intra-groupes du taux de ménages sans travail sont en corrélation avec le cycle économique, mais l'équation (3) confirme qu'il y a eu dans la proportion inter-groupes de ménages sans travail une augmentation de tendance de 1,3 point de pourcentage indépendante de l'évolution économique. En analyse globale, on peut en conclure que les pays qui ne parviennent pas à faire progresser l'emploi suffisamment pour enrayer l'augmentation du nombre de ménages sans travail qui résulte de la tendance vers des types de ménages plus petits (par exemple ménages d'un seul adulte et ménages monoparentaux) présenteraient une augmentation du taux de ménages sans travail.

10.1.5. Tableau 3: Ventilation inter-groupes et intra-groupes de l'évolution des ménages sans travail, 1984-1994 (en %)

D F I NL B UK IRL GR E P
Inter-
groupes 0,53 0,88 1,34 1,30 4,38 2,82 1,05 1,92 1,02* 0,83*
Intra-
groupes 0,01 2,09 2,25 -4,39 -0,48 0,12 2,42 -0,85 -0,25 -2,53
Inter-
action -0,02 0,05 -0,16 -0,27 -0,81 -0,04 0,22 0,14 -0,07 -0,05
Evolution
totale
(points de
pourcentage) 0,51 3,02 3,43 -3,36 3,09 2,90 3,69 1,21 0,70 -1,75

  • * Données pour 1986.

    Source: Eurostat.

    10.1.6. Figure 1: Performance du marché du travail et ménages sans travail

    10.1.7. Conclusion

    Entre 1983 et 1994, le rapport moyen activité-population dans l'ensemble des 13 pays considérés dans cette étude a augmenté de tout juste plus d'un point. En même temps, le taux moyen de ménages sans travail a lui aussi augmenté d'un point. Un ménage sur sept ne comporte aujourd'hui aucun adulte actif. Ceci signifie que dans de nombreux pays, la croissance de l'emploi ne se répartit pas uniformément sur tous les ménages. Ce sont de façon disproportionnée des personnes appartenant à un ménage où un adulte travaille déjà qui occupent les nouveaux emplois.

    Les choses diffèrent d'un pays à l'autre. Dans certains pays, l'augmentation du taux d'absence de travail pendant la période considérée est causée par une croissance de la proportion des groupes fortement menacés dans la population des ménages (par exemple adultes seuls sans enfants). D'autres pays ont enregistré une croissance des ménages sans travail dans tous les types de ménages. Les pays qui ont eu la meilleure évolution économique ont obtenu des diminutions de l'absence de travail dans tous les types de ménages grâce à une expansion de l'emploi qui a suffi à contrebalancer l'effet de la composition des ménages. Mais l'expérience de pays comme le Royaume-Uni montre que même un taux constant d'emploi pendant la période considérée peut aboutir à une polarisation de l'emploi, si bien qu'il serait erroné de conclure que ces problèmes disparaîtraient avec une expansion économique générale.

    Pour parvenir à stopper l'augmentation du nombre de ménages sans travail, les économies doivent d'une façon générale accélérer l'allure de la croissance de l'emploi. En moyenne, il aurait fallu pendant la période considérée une augmentation de 3,5 points de pourcentage du rapport activité-population pour éviter une augmentation du taux de ménages sans travail. A défaut de faire le nécessaire, on aboutira à une aggravation de l'inégalité des revenus et à une augmentation de la dépendance vis-à-vis des prestations sociales. C'est peut-être à la nature de la création d'emplois, à la répartition des qualifications parmi les ménages de même qu'à l'évolution économique et à la composition des familles que ces effets sont imputables. Il sera sans doute plus facile de mieux appréhender cet aspect important du marché du travail dès lors que l'on disposera pour les divers pays de données plus désagrégées sur les caractéristiques des ménages, les caractéristiques des emplois et surtout la dynamique du marché du travail.

    10.1.8. Bibliographie sélective

    Gregg, P. & J. Wadsworth (1996a): «More Work in Fewer Households?» In: J. Hills (éd.): New Inequalities. Cambridge: Cambridge University Press.

    Gregg, P. & J. Wadsworth (1996b): It Takes Two: Employment Polarisation in the OECD. Discussion Paper n° 304. Londres: Centre for Economic Performance, London School of Economics.

    OCDE (1992, 1994, 1995, 1998): Perspectives de l'emploi. Paris: OCDE.


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