Les réembauches semblent jouer un rôle très important sur le marché suédois du travail. Environ 40 à 45 % des chômeurs qui ont trouvé du travail sont retournés chez un employeur chez lequel ils avaient déjà travaillé. De nouveaux résultats de recherche et de nouvelles conclusions sur les licenciements temporaires ont récemment été publiés par F. Jansson (AMS, service public de l'emploi de Suède).
Selon des études menées pour trois périodes différentes, la forte proportion de réembauches est assez constante. Cela n'est guère surprenant lorsqu'on connaît le fonctionnement du marché suédois du travail. Le système d'indemnisation est assez généreux, le droit aux prestations étant acquis par d'assez brèves périodes d'activité. Il est fait un recours extensif aux remplaçants temporaires. La Suède présente une différence marquée entre l'hiver et l'été. Enfin, les personnes licenciées ont le droit de travailler en priorité dans leur profession. Mais la grande importance des réembauches, naguère considérées comme facteur négligeable, constitue un fait nouveau. En cas de licenciement temporaire, on considère implicitement que les intéressés soit seront réembauchés, soit qu'ils cherchent un autre employeur. Ceci a amené par le passé les chercheurs à postuler que pratiquement tout chômeur qui en Suède trouve un emploi trouve aussi un nouvel employeur, ce qui désormais se révèle erroné.
L'éventualité d'un nouvel emploi augmente significativement avec le niveau éducatif. Cet effet n'est pas aussi net pour les réembauches. De ce fait, on tend à sous-estimer l'ampleur du retour à des emplois de niveau éducatif élevé lorsqu'on ne tient pas compte des possibilités de réembauche.
Les résultats ne corroborent pas l'hypothèse selon laquelle les chômeurs seraient découragés ou stigmatisés, subiraient des pertes de capital humain ou feraient l'objet d'une sélection négative en cas de chômage prolongé. Les données ne permettent pas non plus de postuler que les chômeurs retourneraient systématiquement chez un employeur précédent peu avant l'expiration de leurs droits avec pour intention de redevenir chômeurs lorsqu'ils auraient à nouveau acquis des droits aux prestations.
Ces dernières années, les évaluations de l'impact des programmes suédois du marché du travail sont devenues plus fréquentes. En concordance avec des études antérieures sur la corrélation entre participation aux programmes et durée du chômage, la conclusion était que les programmes constituent un moyen inefficace d'améliorer les perspectives individuelles sur le marché du travail. On est amené à se demander si ces conclusions peuvent se trouver modifiées par la prise en compte des perspectives de réembauche. Dans toutes les études d'évaluation sur les programmes actifs menés en Suède, les participants ont été comparés à des chômeurs ne participant pas aux programmes. A la lumière des résultats présentés ci-dessus, il y a un risque manifeste de comparer les participants aux programmes à des personnes qui ont de bonnes perspectives de réembauche et de ce fait renoncent à participer à un programme tout en ayant une moindre durée de chômage. Ceci tend à dévaloriser les effets de la participation aux programmes. Les démarches d'évaluation qui s'efforcent expressément de tenir compte des perspectives de réembauche aboutissent à des résultats plus positifs pour les programmes. Il peut donc être très important de tenir compte, lors des évaluations, des perspectives de réembauche (ou même de la perspective de trouver un nouvel emploi).
Les résultats soulèvent la question de la manière dont il conviendrait d'affecter les ressources de la politique du marché du travail. La Suède recourant de façon extensive aux programmes du marché du travail pour améliorer l'adaptation aux exigences professionnelles, ce ne sont guère en fait que les nouvelles embauches qu'il importe de prendre en considération pour éliminer les problèmes. On peut se demander si les agents du Service de l'emploi en sont conscients. Il serait également important d'être au courant des perspectives de réemploi pour la détection précoce des personnes risquant de devenir chômeurs de longue durée. On pourrait ainsi exclure du groupe à risques les personnes présentant des perspectives crédibles d'emploi, améliorant ainsi la probabilité de détecter les personnes fortement menacées.
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