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7.1. L'appréhension française de l'emploi «indépendant»

La situation française est complexe au regard de «l'emploi indépendant», et le terme anglais de «self-employment» ne trouve pas d'équivalent dans la langue française. Le concept «d'entreprise individuelle», qui semblerait à première vue le mieux adapté, apparaît trop réducteur, étant assimilé, en France, à un statut spécifique. Dans un article paru au sein de la revue «Futuribles», intitulé «Vers un nouveau modèle de travail», le concept de «self-employment» est traduit par «entreprise de soi».

D'un point de vue plus traditionnel, le «self-employment» correspond, en France, au travail indépendant, qui relève de la catégorie du travail non salarié. Un travailleur non salarié est une personne exerçant son activité de manière indépendante, dans le sens où elle n'est assujettie à aucun lien de subordination, tandis que le salarié est lié à son employeur par un contrat de travail qui engendre des liens de subordination. De plus, l'activité des salariés est généralement régie par des règles professionnelles qui leur sont extérieures, tandis que les travailleurs non salariés sont principalement des chefs d'entreprise.

C'est donc de «présomption d'exercice d'une activité indépendante» qu'il faut parler. En effet, selon la nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles de l'INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques ), le travail non salarié recouvre très exactement trois catégories: le travailleur indépendant, l'aide familial et le chef d'entreprise.

Travailleurs indépendants: la notion d'indépendant dans la nomenclature INSEE recouvre toutes les personnes établies à leur compte ou qui dirigent de droit, sans avoir besoin d'une délégation quelconque, une entreprise, une société. Cependant, les indépendants sont en général classés suivant l'activité et la taille de l'entreprise qu'ils dirigent.

Pour la taille, trois cas sont particuliers:

  • - les personnes exerçant une profession libérale ou une profession de l'information, des arts et des spectacles sont toujours classées en indépendants quelle que soit la taille de l'entreprise qu'elles dirigent;
  • - les agriculteurs y sont classés en fonction de la taille de l'exploitation; si la taille est importante, ils sont alors répertoriés parmi les chefs d'entreprise;
  • - les autres indépendants sont classés en fonction du nombre de salariés qu'ils emploient: à partir de 10 salariés, ils se retrouvent dans la catégorie des chefs d'entreprise.

    Les aides familiaux: cette catégorie de non-salariés regroupe toutes les personnes qui aident un membre de leur famille établi à son compte, sans être elles-mêmes salariées. Elles sont en général classées dans la même catégorie que la personne qu'elles aident et sont à ce titre assimilées aux indépendants.

    Les chefs d'entreprise: cette catégorie recouvre, selon les formes juridiques de sociétés, le dirigeant d'EURL, le gérant de SARL, le Président Directeur Général d'une société, le directeur général de SA, etc.

    Les différents activités des travailleurs indépendants se répartissent entre les statuts suivants: agriculteurs exploitants, artisans, commerçants, chefs d'entreprise de plus de 10 salariés, professions libérales.

    Sur les 40 dernières années, l'explosion du travail salarié a réduit de plus de moitié la population de travailleurs indépendants: rappelons qu'ils étaient plus de 6 millions en 1955 alors qu'ils ne sont plus que 2,9 millions aujourd'hui. Ils représentent, selon les statistiques officielles, 11,4% de la population active en 1995.

    Cependant, cette chute des effectifs ne doit pourtant pas être interprétée comme un recul généralisé, car elle recouvre des évolutions très différentes:

  • - une très forte régression des agriculteurs exploitants, qui sont passés en l'espace de 20 ans de 1,7 million à 800 000;
  • - une stabilisation des effectifs d'artisans et de commerçants. Cependant, l'artisanat et le commerce se sont transformés. L'hôtellerie/restauration et les prestataires de services divers ont progressé de façon spectaculaire alors que le nombre de détaillants a régressé avec le développement des grandes surfaces. Le changement des habitudes de consommation a favorisé l'installation de nouveaux artisans (artisanat d'art, culturel, esthétique ou de luxe), d'autres formes de distribution telles que les représentants libres (dont les effectifs ont fortement progressé), et de nouveaux prestataires de services;
  • - les professions libérales, en particulier les professions juridiques et financières, ont fortement augmenté. Par ailleurs, de nouvelles activités se sont développées à travers ce statut (ingénieurs, formateurs, informaticiens, etc.). Ainsi, selon le Secrétariat d'Etat aux PME, le nombre d'informaticiens indépendants travaillant à domicile a fortement progressé: à peine 1.500 en 1980, ils seraient plus de 30.000 aujourd'hui, dont une partie exercent en vertu d'un statut de profession libérale;
  • - enfin, une sensible progression des chefs d'entreprises de 10 salariés: pourtant, depuis le début des années 1990, le nombre de chefs d'entreprises a régressé (-20%) en raison notamment de la profonde récession qui a touché l'économie française. Cette évolution traduit néanmoins la difficulté à valoriser en France l'esprit d'entreprise.

    Selon l'INSEE, sont ainsi recensés ci-dessus en tant que travailleurs indépendants aussi bien le travailleur pour son propre compte (qui n'a pas de personnel) que le propriétaire exploitant d'une entreprise (qui a du personnel). Pourtant, il existe bien une grande différence entre ces deux types de travailleurs, le premier ayant créé son propre emploi tandis que le second a créé d'abord une entreprise. Par ailleurs, si la plupart des travailleurs indépendants jouissent d'une assez forte autonomie, d'autres qui passent ou se tiennent pour indépendants et qui peuvent travailler à domicile sont en réalité des salariés déguisés auxquels un seul employeur «distribue l'ouvrage pour ensuite reprendre le produit». Malgré la relative sécurité que leur assure l'employeur en leur procurant un travail rémunéré, ces «quasi-indépendants» sont en réalité dans une situation précaire: ils sont isolés, ont peu de prise sur le marché ou dans la négociation et ne sont en général pas couverts par la législation du travail.

    Tous ces points ne sont pas élucidés par les statistiques; il semble légitime, et aujourd'hui plus que jamais, de s'interroger sur le bien-fondé de la classification actuellement opérée par la nomenclature de l'INSEE des professions et catégories socioprofessionnelles; si elle fait autorité en la matière, elle ne permet en aucune manière d'évaluer l'ampleur des nouvelles formes d'emploi relatives au travail individuel en France.

    7.1.1. Tableau 1: Chiffres clés sur les travailleurs indépendants, 1975 et 1995

    1975 1995 Evolution
    (en %)
    Nombre de travailleurs indépendants 3.660.000 2.880.000 -21,0
    en % de la population totale 7,0 5,0 -40,0
    en % de la population active totale 16,8 11,4 -29,0
    Structures par sexe (en %)
    Hommes 67,3 65,6 -2,5
    Femmes 32,7 34,4 +5,2
    Structure par âge (en %)
    15–24 ans 4,6 1,5 -67,4
    25–39 ans 25,2 30,3 +20,2
    40–59 ans 52,4 59,1 +12,8
    60 ans et plus 17,8 9,1 -48,9
    Structure par activité
    Agriculteurs exploitants 1.691.000 806.826 -52,3
    part dans le total des travailleurs
    indépendants (en %) 46,2 27,8 -39,8
    Artisans, commerçants, chefs d’entre-
    prise 1.763.000 1.737.752 -1,4
    part dans le total des travailleurs
    indépendants (en %) 48,1 60,4 +25,6
    Professions libérales 208.020 338.996 +62,9
    part dans le total des travailleurs
    indépendants (en %) 5,7 11,8 +107,0

    Source: INSEE.

    7.1.2. Les nouvelles formes de «travail individuel»

    Le développement des entrepreneurs à domicile ou la vague des «soho»1: en France, on estime entre 700.000 et 1,2 million de personnes2 le nombre de ces nouveaux entrepreneurs à domicile dont la majorité serait des femmes. Selon l'enquête IFOP réalisée en 1997 sur les entrepreneurs à domicile, ces «nouveaux entrepreneurs» seraient, en majorité, âgés de 25 à 44 ans (58% d'entre eux) tandis qu'un tiers aurait entre 45 et 60 ans.

    Leurs statuts peuvent fortement varier, mais nombre d'entre eux ont opté pour le statut de travailleur indépendant, en particulier dirigeant d'EURL ou de SARL (10%), artisan-commerçant (18%), membre d'une profession libérale (20%), etc.

    Si une majorité d'entre eux ont un statut de travailleur indépendant, tous ne l'ont pas choisi. En effet, parmi ces entrepreneurs à domicile, certains ont opté pour de nouvelles formes d'emploi qui correspondent dans les faits à du travail indépendant déguisé. Il en est ainsi des contrats de travail conclus par des individus:

  • - avec des sociétés de portage,
  • - ou encore dans le cadre d'associations à temps partagé.

    7.1.2.1. Les sociétés de portage

    Etre son propre patron tout en bénéficiant des avantages du salariat», c'est en effet ce que permettent les sociétés de portage qui se sont développées à partir du milieu des années 80. Elles ont contribué à créer un nouveau statut, non encore reconnu, celui «d'indépendant-salarié».

    Plusieurs raisons permettent d'expliquer le développement de ces sociétés, également appelées sociétés d'hébergement ou de refacturation:

  • - en premier lieu, la rigidité des statuts du travail: en France, on doit choisir un statut et s'y tenir: celui de salarié ou de non-salarié. Il n'est pas possible en l'état actuel d'alterner les situations; par ailleurs, le passage d'un travail salarié à un travail non salarié est lourd de conséquences pour celui qui fait ce choix, notamment en termes de couverture sociale;
  • - en second lieu, l'administration française, et les politiques publiques en général, n'ont pas toujours favorisé le statut de créateur d'entreprise (lourdeurs administratives, etc.);
  • - enfin, le marché du travail, particulièrement difficile depuis le début des années 90, a favorisé cette évolution notamment parce que de nombreux cadres d'entreprises se sont retrouvés au chômage.

    Les sociétés de portage salarial permettent à des cadres, en général demandeurs d'emploi, de réaliser des missions ponctuelles en indépendants auprès d'entreprises tout en gardant le statut de salarié. L'entreprise cliente conclut un contrat de service avec une société de portage qui, elle, confiera la mission à l'intéressé via un contrat à durée déterminée. Le client paye la société de portage, laquelle rémunère le prestataire, après avoir prélevé une commission (environ 10 à 15% de la rémunération).

    L'intérêt pour celui qui devient adhérent est qu'il conserve sa couverture sociale et son inscription aux ASSEDIC. Par ailleurs, il reste en contact avec le monde de l'entreprise, élargit son réseau de connaissances, etc., et la société de portage lui permet d'effectuer un passage «en douceur» entre le statut de salarié et le statut d'indépendant.

    Du côté de l'entreprise cliente, cette nouvelle formule correspond tout à fait aux comportements particulièrement observés en période de difficultés économiques, l'externalisation des compétences permettant d'alléger les coûts de structures.

    A la différence des sociétés d'intérim, les sociétés de portage ne démarchent pas les entreprises clientes; en effet, ce sont les cadres-adhérents qui trouvent eux-mêmes leurs missions. Les sociétés de portage ne prennent en charge que la gestion comptable et fiscale des missions, déchargeant l'adhérent de tous les aspects administratifs.

    Actuellement, c'est dans le domaine de l'informatique que cette nouvelle formule se développe le plus (missions d'installation de serveurs Internet/intranet); de même, le conseil, la formation et la communication sont également bien représentés.

    Mais les sociétés de portage sont encore peu nombreuses (une dizaine environ). Il faut préciser qu'elles exercent leurs activités aux limites du droit français du travail. Pourtant, l'APEC, organisme paritaire au service des demandeurs d'emploi cadres, soutient ce type d'expérience et encourage ces derniers à aller vers cette formule, en attendant de retrouver un emploi salarié ou de créer leur propre entreprise.

    Il paraît évident que ces sociétés répondent aujourd'hui à un besoin d'assouplissement de la législation française en matière de droit du travail, notamment de mobilité statutaire. Elles permettent par ailleurs à des salariés de se préparer à la création de leur propre outil de travail. Elles ne proposent cependant aucun accompagnement.

    7.1.2.2. Les associations à temps partagé

    Ce concept de multisalariat est né au début des années 90 en région Rhône-Alpes. A l'origine, il s'adressait aux cadres de 50 ans et plus chômeurs de longue durée. Mais, depuis, le public s'est élargi à tous les cadres et à des non-cadres.

    Chaque adhérent à l'association doit aller sur le terrain pour sensibiliser les entreprises à de nouvelles organisations du travail (temps partagé), les aider à identifier et à mesurer, en termes de durée, leurs besoins en compétences. Puis des fiches de postes sont établies, correspondant aux besoins détectés. Ce n'est qu'après toutes ces approches que l'association proposera au chef d'entreprise de rencontrer les personnes pouvant répondre à ses attentes. Si la négociation aboutit, le salarié est embauché en temps partiel par l'entreprise (et non par l'association) et peut cumuler plusieurs emplois. En général, deux à trois emplois sont un maximum.

    Pour aider à leur développement, certains Conseils Régionaux soutiennent ce type d'initiatives en apportant des subventions aux entreprises qui embauchent un cadre à temps partagé.

    7.1.2.3. Le cas du travail clandestin ou «travail dissimulé»

    Si les sociétés de portage et les associations à temps partagé constituent bien de nouvelles formes d'emploi, qui ont trouvé une place à part entière dans le contexte français, il reste néanmoins une autre forme d'emploi, cette fois-ci non légale, le travail clandestin. Chaque travailleur clandestin est un travailleur individuel. On estime, en France, que le nombre de travailleurs clandestins serait de l'ordre de 1,5 million de personnes. On observe, sur ces dernières années, une croissance du «travail dissimulé», en particulier sous la forme de dissimulation de salariés. Celle-ci représentait en 1995 près de la moitié du travail clandestin alors que l'emploi d'étrangers sans titre de travail, la forme la plus connue de travail clandestin, ne représentait qu'à peine 10%. Traditionnellement, le BTP (bâtiment/travaux publics) est un des secteurs où le recours au travail dissimulé est le plus important, mais d'autres secteurs aujourd'hui présentent cette même caractéristique, en particulier dans les services (60% des infractions viennent des secteurs de l'hôtellerie/cafés/restaurants, services, commerce).

    7.1.2.4. L'intérim, une nouvelle forme de travail indépendant déguisé?

    Pour aller plus loin dans le concept du «travail individuel», le développement particulièrement important de l'intérim ces deux dernières années peut susciter certaines interrogations. L'intérim occupait à la fin du mois de mai 1998 plus de 500.000 personnes, soit une augmentation de plus 40% en un an. Cette forte hausse est en grande partie due à la reprise globale de l'emploi en France. Selon l'INSEE, «non seulement l'intérim progresse mais il s'installe sur le marché du travail». Là encore, l'intérim est une autre réponse à la flexibilité de plus en plus forte qui est demandée par les entreprises. L'intérim est une forme d'emploi précaire qui permet à l'intérimaire de bénéficier d'un statut plus protecteur que le statut de CDD. De plus en plus de jeunes savent aujourd'hui que l'insertion sur le marché du travail passe par l'intérim et n'hésitent plus à y recourir; parmi eux, certains y prennent goût (ils sont en général mieux payés que sous un statut de salarié). Bien que le chiffre ne soit actuellement pas connu, la part de l'intérim volontaire dans l'ensemble du travail temporaire n'est cependant pas négligeable.

    7.2. Les politiques publiques visant à développer le «travail individuel»

    Deux grands types de politiques ont été poursuivis par les gouvernements successifs en France:

  • - d'une part, les politiques visant à favoriser le multisalariat, notamment à travers la création des groupements d'employeurs;
  • - d'autre part, les politiques visant à favoriser la création d'entreprises et parmi elles, celles relatives aux entreprises individuelles qui constituent la majorité des entreprises en création en France aujourd'hui.

    7.2.1. Les groupements d'employeurs

    La loi du 25 juillet 1985 a permis aux petites et moyennes entreprises de s'associer pour l'embauche de salariés qu'elles n'auraient pas, seules, la possibilité d'employer. Les salariés sont mis à disposition des personnes physiques ou morales adhérentes au groupement.

    Au même titre que les associations à temps partagé qui concernent de manière plus spécifique les cadres, ce dispositif vise à favoriser la stabilité de l'emploi des salariés mais, à la différence de ces associations, il n'y a qu'un seul employeur, un statut salarial unique, un seul contrat de travail; il est donc plus attractif que les formules de type «associations à temps partagé» qui lient les salariés à plusieurs employeurs avec pour conséquence une multiplication de contrats de travail à temps partiel, ou à durée limitée.

    En raison du peu de succès initialement rencontré par cette formule, certaines dispositions ont été assouplies par la loi quinquennale du 20 décembre 1993. Alors que les groupements d'employeurs n'étaient initialement ouverts qu'aux entreprises de moins de 100 salariés, ce seuil a été relevé à 300; de même, une entreprise peut adhérer à 2 groupements.

    En outre, la loi quinquennale a élargi ce dispositif en créant spécifiquement pour des zones territoriales définies (éligibles à la prime d'aménagement du territoire ou aux programmes d'aménagement concerté des territoires ruraux) des «groupements locaux d'employeurs» qui ne peuvent être constitués qu'à l'intérieur de ces zones et dont les conditions d'adhésion sont plus souples (pas de seuils d'effectifs, possibilité d'adhérer à plusieurs groupements locaux d'employeurs sans limitation de nombre).

    Parallèlement ont été créés:

  • - les groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification (GEIQ), dont la mission première est l'insertion des personnes exclues du marché du travail;
  • - les groupements d'employeurs agricoles qui, bénéficiant d'allégement fiscaux spécifiques, se sont rapidement développés. Dans ce secteur, le dispositif a enregistré un immense succès avec plus de 800 groupements créés à fin 1995, concernant 2.000 à 3.000 emplois.

    En 1996, un bilan a été publié par la DARES (un service du Ministère de l'emploi), faisant état à cette date de près d'une centaine de groupements d'employeurs dans le secteur non agricole:

  • - 35 avaient pour objectif de faciliter l'emploi partagé d'un ou plusieurs salariés et concernaient 50 emplois;
  • - 10 se sont formés pour permettre aux entreprises de mieux s'adapter aux fluctuations de leur activité et concernaient 1.200 emplois;
  • - 40 étaient des GEIQ et avaient donc pour mission de construire des parcours d'insertion et de qualification adaptés à des publics fragiles; ils concernaient, en 1995, 500 emplois.

    Selon les travaux effectués par la DARES, le système présente un intérêt incontestable même s'il est encore limité en termes d'emplois concernés:

  • - les groupements d'employeurs rendent possible la multiactivité, le partage du travail entre plusieurs employeurs, une plus grande souplesse de gestion des entreprises et facilitent l'alternance de périodes de formation et d'activité;
  • - ce dispositif répond ainsi aux mutations du travail et de l'activité qui vont être appelées à se développer, mais qui ne peuvent l'être pour le moment en raison notamment du droit du travail;
  • - ils ont pour avantage de stabiliser les emplois de durée brève et d'améliorer la qualification et la formation des personnes en situation d'insertion;
  • - ils permettent de favoriser les partenariats entre les acteurs locaux et le fonctionnement en réseau des entreprises adhérentes.

    7.2.2. Les politiques publiques relatives à la création d'entreprise

    Depuis la fin des années 80, différentes mesures ont été prises par les gouvernements successifs afin de favoriser le développement des entreprises individuelles, mais ces politiques se sont souvent arrêtées à la création d'un statut assortie d'éventuelles mesures de simplification des démarches administratives (notamment loi Madelin de 1994):

  • - le statut «d'entreprise individuelle»: relativement souple, ce statut n'impose que peu d'obligations à celui qui le choisit. Pour commencer son activité, il suffit de se faire enregistrer au centre de formalités des entreprises. Par ailleurs, aucun apport minimum n'est exigé et il n'est pas nécessaire de rédiger des statuts. Cependant, il existe des inconvénients importants à ce statut: l'entrepreneur ne peut être assimilé à un salarié et, à ce titre, ne peut pas bénéficier d'une protection sociale favorable (assurance maladie et assurance retraite), ni d'une assurance chômage. De plus, en cas de faillite, il est responsable sur ses biens propres.
  • - le statut «d'EURL» (Entreprise Uninominale à Responsabilité Limitée) est plus exigeant: il s'agit en fait d'une SARL à associé unique. Pour ce statut, il faut pouvoir disposer d'un capital minimum de 50.000 francs et rédiger des statuts qui doivent être publiés dans un journal d'annonces légales.

    Le statut «d'entreprise individuelle» est de loin la formule qui a remporté le plus de succès au cours de ces dix dernières années, au point que 7 entreprises sur 10 l'ont adopté, selon l'INSEE. Le phénomène se poursuit: en 1997, selon l'Agence Pour la Création d'Entreprises (APCE), sur les 167.000 créations d'entreprises ex nihilo, 56% ont choisi ce statut.

    Jusqu'à présent, les politiques publiques destinées à favoriser la création d'entreprises ont surtout visé d'autres objectifs:

  • - lutter contre le chômage, principalement par l'ACCRE (aide aux chômeurs créateurs d'entreprises);
  • - participer à l'aménagement du territoire (avec diverses exonérations dans les zones prioritaires);
  • - soutenir l'innovation avec l'action de l'ANVAR, qui est par ailleurs très appréciée;
  • - réduire le risque lié pour les banques à la création d'entreprises, notamment avec SOFARIS (organisme qui gère différents fonds permettant notamment de garantir les organismes financeurs des créations d'entreprises: banques, sociétés de capital-risque).

    Les résultats d'une évaluation portant sur les aides à la création d'entreprises3, parus en 1997, soulignent notamment: «il n'y a pour ainsi dire pas d'aide dont l'objectif direct soit la création d'entreprise. La création d'entreprise n'est aidée qu'à l'occasion de la poursuite de divers objectifs économiques et sociaux». En résumé, de manière un peu caricaturale, l'étude conclut au fond «qu'un créateur non chômeur, non localisé dans une zone d'aménagement du territoire et peu innovant ne sera pas aidé».

    Ce même rapport souligne que les aides sont finalement concentrées sur un très petit nombre d'entreprises (4.000 à 5.000 sur 180.000 créateurs), exception faite pour l'ACCRE, et dans les zones d'aménagement du territoire pour certaines charges fiscales. Elles concernent surtout les PME, plus que les toutes petites entreprises. En effet, les différentes aides se regroupent tout naturellement sur les projets locaux les plus voyants, c'est-à-dire ceux qui créent ou sont susceptibles de créer le plus d'emplois. En résumé, toutes les aides sont inaccessibles à ceux qui «créent leur propre emploi», sauf pour l'ACCRE, dont on ne peut toutefois bénéficier que si l'on est chômeur.

    Le rapport met également l'accent sur l'importance du nombre d'acteurs impliqués à tous les niveaux, mais dont l'action est loin d'être coordonnée. Dans ses conclusions, le Commissariat Général au Plan propose des solutions (aide de départ de l'ordre de 50.000 F accessible à tout créateur, qu'il soit ou non demandeur d'emploi, remboursable en cas de survie de l'entreprise au bout de trois ans notamment). Cependant, l'ensemble des préconisations supposerait probablement une meilleure coordination des acteurs impliqués dans ces dispositifs. Les résultats de l'évaluation n'ont pas été pris en compte jusqu'à présent par les pouvoirs publics.

    Il semble cependant que le gouvernement actuel ait pris en partie la mesure de la situation française en la matière et particulièrement de ses carences et de son retard dans le soutien à la création d'entreprises; sous l'impulsion des milieux économiques, en particulier l'Association Croissance Plus4, le gouvernement a travaillé ces derniers mois sur une redéfinition de la politique française en matière d'innovation.

    Sous couvert de l'innovation, il y aurait une volonté de réhabiliter l'image de l'entrepreneur, de créer un environnement favorable à la création d'entreprises (créations qui concernent en majorité les entrepreneurs individuels), tout en favorisant le développement d'entreprises dans les nouvelles technologies (start-up). Or, cette réhabilitation est un passage obligé, aujourd'hui, en France, pour favoriser progressivement le développement de nouvelles formes d'emploi relatives au travail individuel et l'adaptation du cadre législatif en la matière.

    Sandrine Gineste

    7.2.3. Bibliographie sélective

    Audrey, B. (1994): «L'entreprise individuelle: vers un nouveau modèle de travail». In: Futuribles, mars, S. 23 sq.

    (Bob Audrey, International Management and Education Strategies, auteur de plusieurs ouvrages dont «Le travail après la crise», «Ce que chacun doit savoir pour gagner sa vie au XXIe siècle». Paris: interéditions, 1994.)

    Commissariat Général au Plan (1997a): Le travail dans vingt ans (connu sous le nom de «Rapport Boissonnat»). Paris: La Documentation Française.

    Commissariat Général au Plan (1997b): Evaluation des aides à la création d'entreprises. Paris: La Documentation Française.

    DARES (1996): «Les groupements d'employeurs en 1995». In: Premières synthèses, 125, Februar.

    Guillaume, H. (1997): Rapport Guillaume. Présenté aux Assises de l'Innovation: mission confiée à Henri Guillaume (Vice-Président de l'ERAP et Président d'honneur de l'ANVAR) en juillet 1997 par le Ministre de l'Education Nationale et de la Recherche, le Ministre de l'économie et le Secrétaire d'Etat à l'industrie, consistant à établir un bilan très complet des atouts scientifiques et technologiques dont dispose la France, mais aussi à mettre en lumière les faiblesses réelles dans les conditions de diffusion de la technologie vers le monde économique et les entreprises innovantes - disponible sur Internet: www.finances.gouv.fr/innovation/guillaume/hg27.aspl.

    INSEE: Les travailleurs indépendants. Economica.

    Le travail au XXI siècle. Paris: Editions Dunod, 1995.

    Piatecki, C., O. Ferrier & P. Ulmann (1997): Les travailleurs indépendants. Economica.

    Vatant, D. (1996): Les GEIQ: génèse, état des lieux, perspectives. Comité National de Coordination et d'Evaluation des groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification, mai 1996.


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